L’intelligence artificielle (IA) est partout : pendant les études, au travail, dans la vie quotidienne... Selon une enquête que nous dévoilons, environ 80 % des jeunes utilisent des outils comme ChatGPT, Gemini ou Copilot au moins une fois par semaine, et 41 % y ont recours quotidiennement.
Cet usage de l’IA bouleverse l’orientation, les apprentissages, la manières d’évaluer les étudiants, les repères en terme de compétences. L’étude « Les jeunes et les examens à l’ère de l’I.A. », réalisée par Ipsos pour THEIA auprès de 1 000 jeunes de 18 à 25 ans, permet de mieux comprendre ces usages et nouvelles attentes en terme d’enseignement et d’examens face à la vague IA.
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L’I.A. bouscule les attentes vis-à-vis de l’apprentissage
La présence de l’IA amène une majorité de jeunes à reconsidérer les méthodes d’apprentissage. Ainsi, 77 % des personnes interrogées estiment qu’il faut désormais apprendre différemment, en privilégiant la capacité de jugement, le questionnement et la combinaison d’informations plutôt que la mémorisation pure. Pour 66 % d’entre eux, savoir poser les bonnes questions à une machine est jugé plus utile que de tout connaître par soi-même.
42 % des étudiants pensent qu'il est important d'être diplômé pour réussir Etude Ipsos bva – Theia - Avril 2026
Cependant, cette évolution ne signifie pas une dévalorisation totale de l’effort personnel. Au contraire, 66 % des jeunes considèrent qu’il est nécessaire d’apprendre davantage qu’auparavant pour maîtriser un sujet et ainsi se démarquer de l’intelligence artificielle. Seuls 43 % pensent que l’apprentissage traditionnel perd de son utilité.
Une volonté de réforme des sujets d’examens
Le format actuel des évaluations (examens, oraux, partiels...) suscite des réserves. Près de deux jeunes sur trois pensent que les examens en France ne reflètent pas fidèlement le niveau réel des étudiants.
63 % des jeunes pensent que les examens en France ne reflètent pas fidèlement le niveau réel des étudiants. Etude Ipsos bva - Avril 2026
Pour y remédier, plusieurs pistes de réforme sont jugées efficaces par les sondés :
La valorisation du raisonnement : 86 % souhaitent des sujets qui évaluent la démarche intellectuelle plutôt que la seule réponse finale.
: 86 % souhaitent des sujets qui évaluent la démarche intellectuelle plutôt que la seule réponse finale. Le contrôle continu : 82 % sont favorables à une évaluation sur l’ensemble de la formation plutôt que sur une épreuve finale unique.
: 82 % sont favorables à une évaluation sur l’ensemble de la formation plutôt que sur une épreuve finale unique. L’accès aux ressources : 78 % approuvent l’idée d’examens à ressources autorisées (documents, internet), où l’évaluation porte sur l’analyse.
: 78 % approuvent l’idée d’examens à ressources autorisées (documents, internet), où l’évaluation porte sur l’analyse. L’encadrement de l’IA : 74 % préfèrent une formation à l’usage transparent de l’IA plutôt que son interdiction.
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Les étudiants attachés aux examens écrits en salle
Malgré cette volonté de modernisation des sujets, les jeunes restent attachés aux cadres d’évaluation traditionnels. Le format classique du devoir sur table et sur papier est jugé le plus pertinent pour refléter le niveau réel par 84 % des étudiants. Ce maintien des pratiques traditionnelles s’explique par une recherche d’équité : le fait de passer l’examen dans les mêmes conditions physiques et en salle surveillée est perçu comme une garantie de justice par 86 % des répondants.
54 % des étudiants ont déjà trichés lors d'un examen à l'aide de l'IA Etude Ipsos bva - Avril 2026
À l’inverse, les examens sur ordinateur en salle génèrent des inquiétudes. Les sondés redoutent principalement les problèmes techniques (51 %) et la difficulté à prouver que le travail rendu est le leur, par crainte d’être soupçonnés d’avoir eu recours à une IA de manière frauduleuse (50 %). « Le travail honnête est devenu suspect par défaut », note Flavien Reille, qui dirige THEIA. « C’est un climat anxiogène pour des étudiants qui méritent au contraire que leur sérieux soit reconnu. »
Alors que les outils technologiques continuent de se développer, la question se pose de savoir comment les établissements d’enseignement supérieur et l’éducation nationale parviendront à adapter leurs grilles d’évaluation. « Quand 80% des jeunes utilisent l’IA chaque semaine et que plus de la moitié reconnaissent l’avoir utilisée là où ce n’était pas autorisé, le problème n’est plus la fraude, c’est l’absence de cadre clair. Le rôle de nos établissements, c’est de tracer cette ligne », insiste Flavien Reille.