Emmanuel Macron, après une rencontre avec le président arménien, Vahagn Khatchatourian, à Erevan, le 4 mai 2026. LUDOVIC MARIN/AFP

Emmanuel Macron achève, mardi 5 mai, une visite d’Etat en Arménie, ex-république soviétique partagée entre aspirations européennes et liens historiques avec la Russie, par la signature d’un partenariat et de contrats destinés à intensifier une relation bilatérale déjà dense.

Le chef de l’Etat français a salué lundi, au premier jour de la visite, le choix de l’Arménie et de son premier ministre, Nikol Pachinian, de « se tourner vers l’Europe ». Une aspiration consacrée par la tenue lundi du sommet de la Communauté politique européenne, avec une quarantaine de dirigeants de toute l’Europe, et du premier sommet UE-Arménie mardi à Erevan.

« Le choix que vous avez fait de l’indépendance pleine et entière, de la paix, de la stabilité dans cette région, le choix de l’Europe et de la prospérité sont ceux que nous soutenons (…). Nous voulons être de cette aventure », a lancé M. Macron lors du dîner en son honneur qui s’est tenu au palais présidentiel.

Le rapprochement avec l’UE reste toutefois entravé par les liens forts unissant Erevan et Moscou, tous deux membres de l’Organisation du traité de sécurité collective, alliance militaire dont fait toujours partie l’Arménie malgré le gel de sa participation en 2024.

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« Efforts de défense inédits »

L’Arménie, enclavée entre l’Azerbaïdjan, l’Iran, la Géorgie et la Turquie, avec laquelle la frontière est toujours fermée, mise sur la paix pour développer ses connexions terrestres, énergétiques et commerciales et sortir de son isolement. « Cette nouvelle ère de coopération régionale peut mettre le Caucase encore plus au milieu d’un carrefour entre l’Europe et l’Asie », souligne l’Elysée.

Dans ce contexte, Emmanuel Macron et Nikol Pachinian vont signer un partenariat stratégique consacrant « les efforts de défense inédits » et ouvrant de « nouvelles pages économiques » entre les deux pays, a esquissé le chef de l’Etat. La coopération de défense inclut déjà un volet aérien avec la commande de trois radars français et la formation par la France de soldats arméniens. L’Arménie a aussi passé commande de 36 canons Caesar en 2024.

Des contrats vont également être signés dans le domaine des transports, a fait savoir l’Elysée, évoquant des « prospects potentiels pour Airbus » ainsi que « l’engagement de l’Etat français » dans la construction d’un tunnel sur l’axe routier arménien nord-sud.

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La France, où vit la plus grande diaspora arménienne après celles de Russie et des Etats-Unis, avec 400 000 personnes, a une longue histoire d’amitié et de solidarité avec ce petit pays très francophile de trois millions d’habitants. Elle a aussi toujours soutenu l’Arménie dans son combat meurtrier face à l’Azerbaïdjan après la chute de l’URSS en 1991. « Beaucoup en Europe nous regardaient comme des bêtes étranges » quand d’autres préféraient cultiver leurs relations énergétiques et commerciales avec Bakou, a raconté le président français.

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Au plus fort de la guerre autour de l’enclave séparatiste du Karabakh en 2023, la Russie qui compte encore 4 000 soldats en Arménie, « n’était pas là, pas plus qu’elle n’est là pour le Venezuela quand il a des problèmes (…) ou le régime malien lorsqu’il est bousculé par les terroristes », a-t-il lancé.

« Relation singulière »

Par ailleurs, le président français a été accueilli lundi en Arménie par de nombreuses marques de sympathie, des plus hauts dirigeants de l’Etat aux badauds qui l’ont applaudi dans les rues d’Erevan aux cris de « Vive l’Arménie ! Vive la France ! »

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Emmanuel Macron a rappelé, lors du dîner d’Etat, la « relation singulière » entre les deux pays, l’accueil à Marseille des réfugiés fuyant les massacres d’Arméniens perpétrés par l’Empire ottoman lors de la première guerre mondiale ou la mobilisation de la France lors du tremblement de terre à Gumri, qui fit quelque 25 000 morts le 7 décembre 1988 dans le nord-ouest du pays.

La chanson française était d’ailleurs à l’honneur au dîner : Emmanuel Macron a entonné la Bohême de Charles Aznavour avec le président arménien, Vahagn Khatchatourian, au piano et le premier ministre, Nikol Pachinian, à la batterie. Son homologue a aussi interprété Les Feuilles mortes d’Yves Montand.

Mardi, le président s’inclinera dans la matinée à Erevan devant le mémorial commémorant le génocide de 1915. Puis il visitera le Musée Matenadaran qui renferme une vaste collection de manuscrits anciens arméniens et va conclure un accord de coopération avec la Bibliothèque nationale de France. Il se rendra ensuite avec le premier ministre arménien à Gumri.

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