Un énorme séisme en Californie ? Un séisme politique. Le « Golden State », bastion emblématique de la gauche américaine, pourrait élire dans les prochains mois un nouveau gouverneur républicain, 15 ans après le départ d’Arnold Schwarzenegger ? Avec une flopée de démocrates prêts à en découdre ce mardi 5 mai lors d’un débat sur CNN, ce scénario insensé n’est plus totalement improbable.

Contrairement aux autres États américains, la Californie n’organise pas de primaires partisanes : les candidats de droite et de gauche concourent ensemble, et les deux à récolter le plus grand nombre de voix le 2 juin s’affronteront ensuite lors des élections générales en novembre.

Mais cette année, personne ne se détache vraiment à gauche pour succéder à Gavin Newsom, ténor démocrate ayant atteint le nombre limite de mandats et nourrissant désormais des ambitions présidentielles. Ainsi, les candidats républicains, Steve Hilton et Chad Bianco, espèrent se qualifier tous les deux.

Les démocrates éliminés ?

« Ce sera lui et moi en novembre », a lancé Chad Bianco le 22 avril, lors d’un précédent débat télévisé. Carrure imposante et moustache, il est actuellement shérif du comté de Riverside.

Anglo-américain, ancien conseiller de l’ex-Premier ministre britannique David Cameron, Steve Hilton intervient lui régulièrement sur Fox News et a reçu le soutien de Donald Trump.

Le duo dénonce inlassablement les « politiques ratées » des démocrates, qui dirigent la Californie sans partage depuis qu’Arnold Schwarzenegger a quitté ses fonctions de gouverneur en 2011. Leur discours porte assez pour les placer aux avant-postes dans les sondages : selon l’agrégateur 270toWin, Steve Hilton fait la course en tête avec 19,8 % des intentions de vote.

Selon cette source, qui compile les enquêtes réalisées entre le 14 avril et le 2 mai, le démocrate Xavier Beccara, l’ancien ministre de la Santé de Joe Biden, est en mesure de se qualifier avec 18,2 %. Suivent Tom Steyer, un financier milliardaire qui veut taxer les ultra-riches (démocrate, 15,8 %) et Chad Bianco (républicain, 13,4 %).

Des électeurs « mécontents »

L’État a beau être la quatrième économie du monde et le berceau de la Silicon Valley, les Californiens sont contrariés. Dans les enquêtes d’opinion, ils se plaignent du coût de la vie exorbitant, entre l’essence la plus chère des États-Unis en partie à cause des politiques environnementales démocrates, et les prix de l’immobilier stratosphériques.

Le nombre choquant de sans-abri à Los Angeles et San Francisco agace également les habitants, d’autant que la gauche dépense des millions depuis des années sans parvenir à régler le problème. « Lorsque les électeurs sont mécontents, le parti au pouvoir est généralement tenu pour responsable », rappelle à l’AFP Sara Sadhwani, politologue à l’université Pomona.

Mais de là à ce qu’aucun démocrate ne se qualifie pour l’élection de novembre, « cela semble exagéré », ajoute l’experte, en soulignant qu’environ un quart des électeurs déclarent aux sondeurs n’avoir fait encore aucun choix.

Dans un État traditionnellement démocrate, cette masse d’indécis aura selon elle plutôt tendance à gonfler les voix des candidats de gauche. D’autant que la désillusion envers Donald Trump et le camp républicain est assez forte dans tout le pays, notamment à cause de la flambée de l’essence provoquée par sa guerre au Moyen-Orient.