« Les particuliers ont interdiction de brûler des végétaux dans leur jardin mais les vergers ont le droit de brûler ces pommiers qui ont accumulé des pesticides durant trois décennies, peste ce membre de l’association Vaurais Nature Environnement (VNE), en voyant les gros brûlis enfumés le 28 avril sur le site des Vergers du Sud à Ambres (Tarn). On est pollué par les résidus de pesticides pour des pommes qui sont exportés ensuite à l’autre bout du monde ». Depuis le 21 avril, les Vergers du domaine de Fontorbe, situé à Lavaur, Giroussens et Ambres, ont débuté une opération de brûlage de dizaines de milliers de vieux pommiers, plus assez rentables économiquement en rendement.

L’entreprise qui possède en tout 300 ha à cheval sur les trois communes a obtenu les autorisations de la préfecture et des mairies concernées pour procéder au brûlage de ces pommiers vieux de 35 à 40 ans jusqu’au 15 mai, dans un cadre réglementé.

La solution, le broyage ?

Une opération qui a suscité la levée de boucliers de certains riverains, réunis au sein de l’association VNE, qui s’est constituée en avril 2021 après l’intoxication d’une vingtaine d’habitants par des fumées opaques à la suite d’une action contre le gel tardif avec du gasoil et de paille menée par les vergers. Les maires de trois des quatre communes impactées et VNE se sont constitués parties civiles pour le procès qui doit se tenir le 17 novembre.

Alors ce nouveau brûlage de pommiers a mis le feu aux poudres pour VNE, qui a appris son déroulé par le maire. L’association craint le dégagement de 5 000 et 10 000 tonnes de CO₂, des particules fines, de composés organiques volatils et des PFAS issus des résidus de pesticides accumulés pendant des décennies par ces arbres. « Plutôt que de les brûler, on aurait aimé une solution alternative comme le broyage des arbres et l’intégration au sol pour limiter les impacts sanitaires, climatiques et environnementaux évitant notamment la propagation dans l’air des particules toxiques, souligne Olivier Chollet, coprésident de VNE. Une nouvelle fois, nous n’avons pas été consultés par les Vergers et avons été mis devant le fait accompli. Il y aurait pu avoir des échanges en amont de cette opération ».

« On ne peut pas faire autrement »

De son côté, les Vergers du Sud justifient ces brûlis comme la seule solution pour renouveler 4 à 5 % de l’exploitation par an, soit 15 à 20 ha. « Je comprends les interrogations des riverains mais on ne peut pas faire autrement car les arbres ont avalé le paillage en fer durant leur croissance donc on ne peut pas les broyer à cause de nombreux fils de fer, détaille Lucas Crosnier, directeur du Domaine de Fontorbe. Nous sommes dans une impasse technique sur ces vieux arbres avec comme seule solution de brûler mais de manière étalée dans le temps ».