Avec les neuf briquets trouvés sur lui et sa « fascination pour les pompiers » selon un psychiatre, Cédric a le profil du parfait pyromane. Ce lundi, cet homme âgé de 45 ans a été jugé en comparution immédiate au tribunal correctionnel de Fontainebleau, suspecté d’avoir allumé cinq départs de feu le 1er mai en Seine-et-Marne à Buthiers, Nanteau-sur-Essonne et un dans le Loiret à Malesherbes. Trois communes voisines. Il lui était aussi reproché d’avoir détruit par le feu 2 ha de forêt à Malesherbes le 9 avril. Mais ce célibataire qui vit chez sa mère malade nie formellement les faits. Il accepte d’ailleurs d’être jugé tout de suite, arguant qu’il n’a « rien à se reprocher ».
Le vendredi 1er mai, trois départs de feu sont signalés à Buthiers à 14h30. À 15h20, les gendarmes sont appelés pour deux nouveaux incendies à Nanteau. À 16h22, un nouveau départ de feu est signalé au hameau de Rouville à Malesherbes.
Les grands moyens sont déployés : 14 camions spécialisés feux de forêt, un camion-citerne renfermant 10 000 litres d’eau, quatre véhicules tout-terrain, un hélicoptère et plus de 70 pompiers venus de La Chapelle-la-Reine, Nemours, Melun, de l’Essonne et du Loiret.
Les dégâts sont réels : 4 ha de forêt détruits à l’île de loisirs de Buthiers (dont une partie du site classée Natura 2 000). Par chance, le camping de 400 places n’a pas été touché. À Nanteau, 1 500 m² sont partis en fumée allée du Champ de tir et 6 000 m² rue de Saint-Agnan.
À chaque fois, des témoins disent avoir vu un homme vêtu de noir à proximité des fumées. Les gendarmes ratissent le secteur. Vers 16h50, à Malesherbes, ils contrôlent deux hommes assis sur un banc chemin de la Coulée verte. L’un d’eux est Cédric, vêtu de noir, l’autre son copain Seb. Interpellés, ils sont placés en garde à vue. Cédric est reconnu par un témoin qui l’a vu à proximité d’un feu. Une vidéosurveillance le montre à 14h33 titubant à Nanteau et regardant vers Buthiers. Son test d’alcoolémie est positif.
Il éteint un feu avec sa bière
Pourtant, à 14h39, il appelle les pompiers car il voyait de la fumée. « J’ai réussi à éteindre un feu à coups de pied et en vidant ma bière dessus », assure-t-il aux juges. Les neuf briquets trouvés sur lui n’arrangent pas son cas. Il a son explication : entre celui qui ne marche plus, un autre qu’il doit recharger chez lui, celui d’un ami et ceux qu’il rachète pour allumer ses cigarettes roulées… « Ma sacoche est grande ! » Malgré ce fait troublant, l’expertise de sa main droite n’a montré aucune trace d’accélérateur de feu comme de l’alcool ou de l’essence.
Sans emploi, vivant du RSA, Cédric n’a de cesse de le répéter : « C’est pas moi ! Je suis pas comme ça. L’abruti qui a fait ça, c’est pas moi ! » « Vous n’êtes pas attiré par les incendies ? », lui demande la présidente. « Non, mais quand j’étais petit, je voulais faire pompier. Je ne peux pas, vu mes problèmes de santé », répond-il.
Buthiers, le 1er mai 2026. Les gendarmes ont ratissé le secteur pour retrouver la piste de l'incendiaire. Un suspect a été finalement interpellé et condamné lundi par le tribunal correctionnel de Fontainebleau. DR.
La procureure estime qu’il n’y a « absolument aucun doute » sur la culpabilité du prévenu : « Il a été vu dans tous les secteurs où les feux se sont déclarés. Son téléphone a borné à ces endroits… » Elle requiert trois ans de prison dont deux avec sursis probatoire durant deux ans avec obligation de soins psychologiques, réparation des dommages, interdiction de paraître à Buthiers et Nanteau-sur-Essonne.
« Ils ont trouvé le coupable idéal »
« L’enquête a été menée à charge, ils ont trouvé le coupable idéal », conteste Me Doriane Lachal, l’avocate de Cédric, qui instille le doute. « Le premier feu est signalé à Buthiers à 14h30. Or, il était à Nanteau à 14h33. Ensuite son téléphone n’a pas borné au Champ de tir. Et il ne pouvait pas être à l’incendie signalé à 16h22 à Malesherbes car il se trouvait à 15h55 sur un banc à la Coulée verte avec son copain ».
Elle souligne les incohérences de témoignages. « Personne n’a vu sa tête. Une jeune fille dit avoir vu un homme courir. Or, à cause de sa maladie, mon client ne court plus. En plus, il était saoul et titubait. Un autre parle d’un homme avec une casquette. Mais il ne porte que des bérets ! » Un voisin évoque un randonneur croisé aussi et un cycliste qui aurait vu plusieurs feux.
« Ils n’ont pas été entendus par les gendarmes », s’étonne-t-elle. Cédric a envoyé un SMS à Seb pour lui écrire Il y a une dinguerie. « S’il était le coupable, il n’aurait pas envoyé de message ! » Elle répète enfin qu’« aucune trace d’accélérateur de feux n’a été trouvée sur ses mains ». Face à ces éléments de doute, elle plaide la relaxe.