Elles incarnent l’histoire et la tradition marchande de la ville de Lyon. Les puces du Canal, installées depuis trente ans à Villeurbanne à proximité du canal de Jonage, accueillent chaque année un demi-million de visiteurs. Des acheteurs venus des quatre coins du monde (États-Unis, Chine, etc.) viennent y dénicher des objets que l’on ne trouve qu’ici dans la banlieue lyonnaise : objets de cuisine, luminaires, meubles anciens, vaisselle.
Ici, les antiquaires croisent les brocanteurs. Le vintage des années 1970-1980 côtoie le XVIIe et le design du XXe siècle. Les visiteurs y rencontrent des personnages hauts en couleurs comme Lamri Hamadou dit « Chapeau Melon » (en référence à son couvre-chef) - le roi du meuble aux puces du Canal - ou encore Roland Tanzili (78 ans), dont la boutique est une véritable caverne d’Ali Baba, qui travaille en famille avec son épouse Bernadette et son fils Steve.
« On aime l’ambiance bistrot, les cuivres, les bronzes, les statues, les lustres Art déco. » Le septuagénaire baigne dans l’univers des puces depuis tout gamin et rêve de voir celles du Canal classées un jour au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. « Je suis ici depuis 30 ans. On est accroché à nos puces qui se sont composées au fil du temps. Tout le monde se connaît. Il y a des liens forts entre nous. »
200 marchands
Anne-Sophie Ourion (38 ans), la nouvelle directrice du site depuis un an, espère que la démarche auprès de l’Unesco aboutira rapidement. « Trente ans c’est un bel âge. Il faut tenir compte du rayonnement des puces lyonnaises qui ont une notoriété qui va bien au-delà de Villeurbanne. Les marchands viennent de toute la région et même de l’étranger. C’est un lieu de transmission d’objets mais aussi de transmission humaine. »
Chaque semaine dès 7 heures, les jeudis, samedis et dimanches, les puces du Canal s’animent. Ils sont plus de 200 marchands à ouvrir leurs boutiques dans l’immense hangar du « quartier des Traboules » et la halle « Louis la Brocante », considérée comme la colonne vertébrale des puces du Canal.
Tradition qui remonte au XVe siècle
À l’extérieur, des vendeurs investissent d’anciens conteneurs maritimes et quelque 150 commerçants déballent leurs objets à même le sol, attirant chineurs et collectionneurs du monde entier. « C’est unique en France qu’on ait une telle concentration de marchands », affirme Anne-Sophie Ourion.
À Lyon, la tradition des puces remonte au XVe siècle, rappelle-t-elle. « Elle est née en Presqu’île (dans l’hypercentre) à une époque où la ville était en concurrence avec Genève. Chaque saison, des commerçants de toute l’Europe venaient vendre leurs marchandises : vaisselles, tissus, épices, cuir, cuivre. C’est ainsi que le marché s’est construit à Lyon. »