Contrairement à la mairie, la pluie n’aura pas raison de Gabriel Péri. Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées ce lundi 4 mai devant le monument au résistant communiste et ancien député d’Argenteuil fusillé par les nazis au Mont Valérien le 15 décembre 1941, pour protester contre son endommagement causé par les travaux de réaménagement de l’avenue éponyme.

Le monument, qui trône à l’entrée de la ville sur la place des Gobelins, était entouré d’un jardin mémoriel. Mais dans le cadre des travaux du projet Canopée, qui doit réaménager cette artère phare de la ville, celui-ci a été rasé au bulldozer en quelques jours.

De quoi provoquer la colère de la section locale du PCF, mais également d’élus, comme Fabien Gay, sénateur communiste et directeur du journal l’Humanité - où Gabriel Péri était ancien journaliste, qui s’est empressé de demander des comptes à la mairie.

Argenteuil, le 4 mai 2026. Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées devant le monument à Gabriel Péri, à Argenteuil, dans le Val-d'Oise, pour protester contre son endommagement pendant les travaux du projet Canopée.

Monument national

Érigé en 1964, en présence de Louis Aragon, le monument, qui comprend le jardin mémoriel et la sculpture, a été reconnu monument national. « Ce monument ne peut donc pas être touché », explique Francis Gabouleaud, militant à la section locale du PCF, au cours du rassemblement. « On ne touche pas à un monument historique et national payé par une souscription avec plus de 500 bons de soutiens venus de toute la France ! » insiste-t-il.

« Antoine Rohal, le sculpteur, avait prévu ce lieu de recueillement ! Nous avons des raisons d’être surpris de sa destruction », abonde Marie-José Cayzac, également militante au PCF. « C’est une atteinte essentielle à l’âme de notre ville ».

Argenteuil, le 4 mai 2026. Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées devant le monument à Gabriel Péri, à Argenteuil, dans le Val-d'Oise, pour protester contre son endommagement pendant les travaux du projet Canopée.

Un effacement de la mémoire ouvrière ?

Maxime Druinaud, secrétaire de la section locale du PCF s’est de son côté agacé d’une « décision prise sans consultation et sans concertation ». Le militant dénonce, au-delà d’un « acte de vandalisme et d’un manque de respect grave à la mémoire de la Résistance, un projet politique qui s’inscrit dans la continuation de l’effacement de la mémoire populaire et ouvrière d’Argenteuil la rouge ».

Depuis son premier mandat, au début des années 2000, le maire de la ville, Georges Mothron (LR), s’est en effet distingué par sa fâcheuse tendance à gommer l’emprunte communiste à Argenteuil : en 2005, il débaptisait le boulevard Lénine, et l’avenue Marcel Cachin, devenus aujourd’hui le boulevard du Général-Leclerc et l’avenue Maurice-Utrillo.

La même année, l’esplanade Maurice-Thorez, qui portait le nom de l’ancien secrétaire général du PCF, était rebaptisée en esplanade de l’Europe. Un tremblement de terre, pour l’ancien bastion PCF, repris par la droite en 2001 après 56 ans sous bannière communiste.

« Une remise en valeur »

La mairie aurait-elle encore peur des Rouges ? « Il n’a jamais été question de supprimer le monument ou d’effacer l’histoire communiste de la ville ! » assure Xavier Péricat, premier adjoint au maire d’Argenteuil. « Si nous avions voulu faire ça, nous n’aurions pas baptisé la halle des sports au nom du dernier maire communiste de la ville, Roger Ouvrard », justifie-t-il.

Sur l’épineux sujet de la place des Gobelins, Xavier Péricat rappelle que ces travaux sont avant tout « des travaux d’embellissement, qui visent à végétaliser et à faire de la placette, qui était un endroit très minéral, un lieu de vie et de promenade ».

« À l’arrivée, c’est la mémoire de Gabriel Péri qui sera remise en valeur ! » assure-t-il, tout en dénonçant « une tentative de récupération de certains militants qui veulent créer un buzz là où il n’y en a pas ».

« Un geste d’une grande violence »

Mais pas de quoi convaincre les militants venus manifester leur solidarité avec le monument : « On demande seulement à ce que la place reste un lieu de recueillement », affirme Marie-José. Xavier Péricat a assuré, en conséquence, qu’un aménagement serait prévu quoi qu’il en soit pour des commémorations.

Pour le député de la circonscription Paul Vannier (LFI), la symbolique dépasse toutefois le seul monument. « C’est un geste d’une grande violence qui marque un moment politique où les idées de l’extrême droite progressent et essayent d’effacer la mémoire de la Résistance », regrette-t-il. Il a assuré se renseigner pour agir, à son échelle, contre la destruction du jardin.