L’établissement s’était fait remarquer grâce à un show-case de rappeur ou l’invitation d’entrepreneurs connus. Digital College, une école supérieure privée spécialisée dans la communication et le marketing, ferme définitivement ses portes pour liquidation judiciaire, a appris Le Parisien, confirmant une information de Brut.
« Vous avez sans doute appris que l’école avait été placée en redressement judiciaire. Nous vous informons qu’hier soir, la décision de liquidation a été prononcée. En conséquence, l’établissement fermera définitivement ses portes le 31 mai », lit-on dans un mail adressé aux étudiants le 28 avril, que Le Parisien a pu consulter. « Cette situation ne va pas être facile et nous en sommes désolés. Sachez que pendant ce dernier mois, toute l’équipe pédagogique fera son maximum pour vous accompagner au mieux », poursuit l’établissement.
Selon le récit d’une élève de Digital College Nanterre (Hauts-de-Seine), les élèves ont été conviés à une réunion le 29 avril, lors de laquelle la direction leur a assuré que les derniers cours de l’année seraient assurés par ECOR, une école de commerce elle aussi implantée dans la ville des Hauts-de-Seine.
Auprès du Parisien, un membre de l’équipe pédagogique précise que cette décision de fermeture concerne l’ensemble des campus de Digital College, qui revendique environ 3000 étudiants.
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Créée en 2015, cette école privée post-bac compte en effet plusieurs sites dans l’Hexagone, outre-mer et en Afrique. Sur les réseaux sociaux, elle s’est fait connaître par des événements tape-à-l’œil, comme en 2023 où l’établissement avait fait venir le rappeur Niska pour la rentrée. L’année suivante, c’est le sulfureux Oussama Ammar, gourou autoproclamé de la tech, qui avait été invité.
534 000 euros de cartes Pokémon
Au-delà de ces spectacles à l’américaine, ces dernières années, la gestion financière de l’établissement a posé question. Dans une enquête publiée en avril 2025, Mediapart révélait que Ridouan Abagri, fondateur de l’école, avait acheté pour 534 000 euros de cartes Pokémon avec l’argent de Digital College ou d’établissements affiliés comme l’École Conte et Exchange College. Auprès du média d’investigation, l’entrepreneur, qui se présente lui-même comme l’un des « plus gros collectionneurs de France », avait reconnu ces achats et les avait justifiés comme un « investissement stratégique » pour l’école.
Dans son enquête, Mediapart rapporte également qu’en septembre 2022, Ridouan Abagri se serait servi de l’argent de l’école pour payer son mariage. Location d’un château, traiteur, feu d’artifice… Ce sont au total 49 331,60 euros qui auraient été déboursés.
Après ces premières révélations dans la presse, ce sont les services de l’État qui se sont intéressés aux finances de l’école. En mai 2025, après plusieurs signalements, l’Inspection générale des finances (IGF), l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), l’Inspection générale de l’enseignement supérieur et de la recherche (IGERS) se sont mis à enquêter sur le Collège de Paris, groupe privé d’enseignement supérieur auquel appartient Digital College. Plus précisément, l’enquête visait deux établissements : Ascencia Business School et Digital College.
Ces enquêtes ont mené à la rédaction d’un rapport sur Digital College, transmis au procureur de la République du tribunal judiciaire de Paris. D’après l’Express, qui a consulté le rapport, ce document met en avant des soupçons quant à l’existence d’un vaste système d’abus de bien social, de détournement de fonds publics, de fausses factures, et de blanchiment avec l’argent de l’établissement.