La santé connectée sera un thème fort dans les technologies en 2023. Deux ans de pandémie et d’incertitude ont fait comprendre à bien des gens l’importance du « mieux-être » : mieux dormir, mieux travailler, mieux vivre. Le fabricant d’accessoires connectés Hapbee mise sur Montréal pour se tailler une place de choix dans ce marché émergent.
Après une décennie passée à utiliser les données personnelles du public pour l’inonder de publicités ciblées, les technos nord-américaines changent leur fusil d’épaule. Et si ces mêmes données permettaient d’offrir des services par abonnement qui plairaient davantage aux consommateurs ?
C’est le pari fait par Hapbee. L’entreprise, développée durant la seconde moitié de 2020 par un fabricant d’appareils médicaux de Seattle nommé EMulate Therapeutics, a mis en marché l’an dernier deux appareils connectés : un tapis qui s’insère sous l’oreiller et un collier électronique qui se porte durant la journée. Tous deux utilisent des ondes électromagnétiques pour influencer le cerveau de leur utilisateur et l’aider, selon le cas, à mieux dormir, à être plus concentré ou à combattre l’anxiété plus efficacement.
L’entreprise compte des clients de tous les horizons, de vétérans de l’Armée américaine aux joueurs les plus en vue des Predators de Nashville, une équipe de la Ligue nationale de hockey. Cela comprend l’attaquant Matt Duchene et le défenseur Roman Josi.
Nous aimerions être au coeur de la prochaine grande vague technologique, car je crois que le mieux-être et la santé connectée seront les prochaines grandes tendances dans l’industrie
Il n’est pas rare de voir des sportifs professionnels recourir à certains médicaments ou à certains stimulants pharmaceutiques pour les aider à mieux performer quand sonne l’heure de la compétition. Ceux-là vont généralement devoir ingérer des relaxants ou des somnifères par la suite pour mieux dormir. Dans plusieurs cas, cette habitude peut créer des dépendances malsaines à certaines drogues.
Si elles s’avèrent efficaces, des solutions technologiques comme celles de Hapbee pourraient devenir pour eux une solution de rechange aux stimulants chimiques, qui est moins nocive pour la santé des joueurs, explique Yona Shtern, entrepreneur montréalais et p.-d.g. de Hapbee, qui a aussi hérité du rôle de président du conseil en février dernier.
« Un assistant-entraîneur des Predators nous a contactés pour acheter nos produits », raconte en entrevue au Devoir celui qui dans une autre vie a cofondé le détaillant en ligne Beyond the Rack. « Les joueurs les utilisent parce qu’ils ne veulent pas consommer trop de médicaments. Ils recherchent des moyens d’améliorer leur performance sans produire d’effets secondaires indésirables. »
Grandes tendances
Hapbee s’est inscrite à la Bourse de croissance du TSX à Toronto en 2021 et a initialement installé son siège social à Vancouver. Après que Yona Shtern en eut pris les commandes, la direction des opérations a ensuite été déplacée à Montréal. Le p.-d.g. cherche ces jours-ci à rapatrier également au Québec la recherche et développement ainsi que l’assemblage de ses appareils, qui se font présentement aux États-Unis.
Hapbee a connu quelques turbulences financières à la fin de l’an dernier. La société a publié ses états financiers avec quelques jours de retard, ce qui a entraîné une suspension temporaire de son titre. Les choses sont depuis rentrées dans l’ordre, assure Yona Shtern. L’entreprise a désormais les yeux tournés vers le futur. Elle est à la recherche de partenariats durables avec de grandes marques d’accessoires de santé connectée et avec de grands détaillants qui aideraient à mieux faire rayonner sa propre marque.
« Nous aimerions être au coeur de la prochaine grande vague technologique, car je crois que le mieux-être et la santé connectée seront les prochaines grandes tendances dans l’industrie », dit M. Shtern.
L’homme d’affaires montréalais n’est pas le seul à le penser. Le secteur pharmaceutique tout entier effectue ces jours-ci une percée inédite dans la technologie, pour ajouter à son catalogue de produits plus traditionnels des outils à la fois logiciels et matériels visant à améliorer la santé des consommateurs.
Le géant américain Abbott est l’un des plus fervents adeptes de la santé connectée. L’entreprise était présente au CES du début janvier pour en témoigner. Sa stratégie est plutôt simple : elle teste auprès du public de nouvelles technologies qu’elle espère ensuite vendre à meilleur prix aux assureurs et aux entreprises. Après tout, c’est un peu comme ça que la télémédecine s’est imposée dans les plans de couverture médicale des employeurs ces deux dernières années…
Mieux encore : ces technologies peuvent être vendues sous forme d’abonnements individuels ou de groupes. Cette formule lucrative gagne en popularité à mesure que la formule « gratuite en échange de publicité » s’essouffle, en raison des inquiétudes grandissantes liées à la manipulation des données numériques personnelles.
Hapbee vend elle aussi à ses clients des abonnements qui donnent accès à de l’aide sur mesure pour mieux dormir, mieux se concentrer, etc. « Tous les appareils connectés collectent des données. La valeur se situe dans une aide personnalisée créée à partir de ces données qui cible efficacement votre problème, dit Yona Shtern. Après tout, vous n’avez pas besoin d’une montre à 400 $ pour vous dire à quelle heure vous vous réveillez la nuit. Ça, vous le savez déjà… »