Pierre Guillon de Princé, descendants d'esclavagistes, a présenté ses excuses ce samedi, au nom de ses ancêtres. L'octogénaire a tenu un long discours en marge de l'inauguration d'une structure commémorant les victimes de l'esclavagisme.

Des excuses, presque 300 ans après. Ce samedi 18 avril, Pierre Guillon de Princé a tenu un long discours sur le port de Nantes en tant que descendant d'armateurs négriers français. L'octogénaire y a demandé pardon au nom de ses ancêtres, un fait inédit en France.

Son discours s'est tenu en marge de l'inauguration d'un "Mât de la fraternité et de la mémoire", un "monument symbole de la justice réparative", d'après l'association La Coque Nomade-Fraternité, dédiée à la mémoire de la traite négrière. Face à Dieudonné Boutrin, président de l'association et lui-même descendant d'esclaves, et Louino Volcy, ambassadeur d'Haïti, Pierre Guillon de Princé a présenté de longues excuses.

"C'est un soulagement pour moi, Pierre Guillon de Princé, descendant d’une famille d’armateurs négriers nantais, de pouvoir présenter mes excuses pour les actes de mes ancêtres", a-t-il lancé.

Un don de 5.000 euros et une donation mensuelle

Rappelant que ces actes sont reconnus comme "crimes contre l'humanité" depuis la loi Taubira en 2001, il a rappelé ses engagements humanistes et ses échanges avec Dieudonné Boutrin.

"Cette rencontre m’a permis de concrétiser mon désir d’agir pour une justice réparatrice face au racisme et autres discriminations contemporaines, se réjouit-il. C’est vers l’ensemble des communautés de la Caraïbe que je présente mes excuses, pour l’impact du racisme sur leur vie quotidienne, leur santé et leur bien-être, avec une compassion toute particulière vers le peuple d’Haïti, doublement agressé par l’esclavage et par la dette injuste qui lui a été imposée."

L'octogénaire a également annoncé faire un don d'une valeur de 5.000 euros à Haïti Futur, qui vise à développer l'éducation et l'entreprenariat haïtien. Une somme "très symbolique", qui n'est, selon lui, "pas à la mesure des souffrances infligées aux populations victimes de l'esclavage". Il maintiendra un prélèvement automatique mensualisé pour soutenir l'association sur la durée.

50 millions d'esclaves modernes

Ces excuses sont les premières de la sorte en France, alors que le mouvement prend de l'ampleur aux États-Unis et en Angleterre. Les faire à Nantes n'a rien d'anodin, alors que le port a été un haut lieu de la déportation massive des Africains vers les colonies.

"Pierre n'est pas responsable du passé, mais nous sommes responsables du présent et du futur, salue Dieudonné Boutrin auprès de France 3. La France a colonisé, elle a été chez ces hommes. Et aujourd'hui, la France ne sera plus jamais blanche. Et le message que je peux laisser, c'est qu'il faudra immanquablement recomposer des identités nouvelles, qu'on le veuille ou non.

L'esclavage des 17e et 18e siècle a fait des dizaines de millions de victimes. Aujourd'hui encore, les Nations unies estiment que 50 millions de personnes vivent dans des situations d'esclavage moderne. 28 millions le seraient à cause du travail forcé, quand les 22 autres subissent des mariages forcés.