Emma Paris revient dans un livre sur sa relation avec son ex-compagne, connue sous le pseudo de Just Pyramid. Leur rupture avait énormément fait parler sur les réseaux sociaux l'été dernier, causée par l'infidélité de Just Pyramid avec une ex-femme de jihadiste en prison. Emma Paris dénonce les violences psychologiques subies lors de la relation et dit avoir été sous emprise.

L'histoire avait inondé les réseaux sociaux l'été dernier, avec des rebondissements à peine croyables. L'affaire se résume ainsi: une influenceuse suivie par plus d'un million d'abonnés, fiancée avec une femme placée en détention provisoire pour une affaire de trafic de stupéfiants, est trompée sa compagne en prison avec une ex-femme de jihadiste.

Lorsque l'influenceuse prend son téléphone pour raconter son histoire sur Instagram, en plein cœur de l'été, ses notifications explosent: les commentaires affluent, Gérald Darmanin ordonne une enquête administrative pour déterminer si les détenues ont pu cacher des téléphones en prison, Gabriel Attal parodie l'une des protagonistes sur Tiktok...

Mais pour l'influenceuse en question, Emma Paris, cette histoire n'est pas spécialement amusante. Elle s'inscrit dans un cadre de violences conjugales, en particulier psychologiques, qu'elle dénonce dans un livre à paraître ce mercredi 22 avril, La Source, aux éditions Flammarion.

"Ce que j'ai vécu, c'est grave et ce n'est pas drôle, même si bien sûr, même moi je fais de l'autodérision. Mais il ne faut pas minimiser ce qu'on a vécu", insiste Emma Paris auprès de BFM.

Une relation sous "emprise"

Emma Paris, 29 ans, a grandi dans une banlieue pavillonnaire en Île-de-France, avant de devenir une star de YouTube pendant son adolescence. Elle publiait alors des contenus sur le maquillage, les vêtements qu'elle achetait, ses vacances... Très loin de l'univers du trafic de stupéfiants.

Dans son livre, Emma Paris, auparavant connue sous le pseudo Emma CakeCup, raconte comment elle en est venue à dépenser des dizaines de milliers d'euros pour aider sa fiancée en prison, tandis que les signes de tromperie s'accumulaient, sans qu'elle n'accepte de les voir. Aujourd'hui, l'influenceuse juge avoir été sous emprise dans cette relation avec Just Pyramid, le pseudo de son ex-compagne sur les réseaux sociaux. Contactée, Just Pyramid n'avait pas donné suite à nos sollicitations au moment de la parution de cet article.

Emma Paris a rencontré Clara Da Costa Bastos, de son vrai nom, sur Instagram en 2023. Très rapidement, elles se sont mises en couple. "Elle a tout de suite emménagé chez moi", raconte Emma Paris.

Et au début, tout se passe bien. Ou presque. Avec le recul, Emma Paris a réalisé qu'elle avait ignoré beaucoup de signaux, des "red flags" annonciateurs d'une relation malsaine. "Déjà, un des premiers red flags, c'est ce que j'appelle la 'sangsue financière'. Donc je vais payer tout, tout, tout", raconte-t-elle.

Une "chape de plomb"

La créatrice de contenus dit également avoir été "rabaissée" par sa conjointe de l'époque, qui n'acceptait pas qu'elle publie des photos en maillot de bain pour sa propre marque ou en sous-vêtements. "Cela posait un réel problème dans la relation et moi je ne comprenais pas, parce que j'ai été élevée dans une famille où on est libre".

"J'étais mise sous une chape de plomb, je n'avais pas le droit de sortir, d'aller boire des verres avec des amis et ça, ça doit normalement nous alerter. Ça m'avait alertée, mais je me suis dit, 'non c'est pas grave, la personne va changer'. On se dit toujours ça en fait". Emma Paris raconte s'être isolée de son entourage au fur et à mesure de la relation, au point de couper les ponts avec certains amis.

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Malgré tout, lorsqu'en janvier 2025, des policiers viennent interpeller Clara Da Costa Bastos au domicile d'Emma Paris, cette dernière continue de lui apporter un soutien indéfectible. Au point d'aller lui rendre visite à la prison de Carquefou, en Loire-Atlantique, plusieurs fois par semaine pendant de longs mois et de mettre sa vie professionnelle et personnelle complètement en pause.

Un soutien financier en prison

Entre l'argent qu'elle lui envoyait en prison et les nombreux déplacements à Carquefou, Emma Paris estime avoir dépensé en tout "35 à 40.000 euros" pour soutenir sa fiancée. Le tout, alors que sa vie professionnelle s'est "effondrée" lorsqu'il a été rendu public que sa compagne se trouvait en détention.

"Au fur et à mesure, les marques me lâchaient, je peux comprendre, je ne leur en veux pas. Je me mets à leur place, on n'a pas envie de s'associer à une influenceuse alors que dans tous les médias, il y a sa tête avec écrit 'narcotrafic, blanchiment d'argent, trafic d'armes'", reconnaît-elle.

Même lorsqu'elle commence à entendre des rumeurs sur une supposée infidélité de la part de sa fiancée, Emma refuse d'y croire, bien qu'elle sente "que quelque chose ne va pas". "Avec tout ce que je fais pour elle, pour sa famille, je me dis 'c'est impossible qu'elle me fasse ça'". Et lorsqu'elle lui en parle, Clara "s'énerve tout de suite".

Des violences accrues après la rupture

Mais quand sa compagne sort de détention, en août 2025, Emma constate qu'elle est très distante. Surtout, elle observe que Clara envoie des messages toute la journée à Lise, l'une de ses anciennes co-détenues. Des échanges dans lesquels elle s'aperçoit qu'on l'appelle "la source".

"Au début je ne comprends pas, j'ai un peu un choc et j'ai compris après que c'était 'la source d'argent'", lâche-t-elle. Avec le recul, Emma Paris pense avoir été "manipulée" pour "l'argent surtout, mais aussi la célébrité, bien sûr, les réseaux sociaux".

Elle finit par quitter Clara Da Costa Bastos et prend son téléphone pour dénoncer son comportement, avec le retentissement que l'on connaît aujourd'hui. Mais pour Emma Paris, l'histoire ne s'est pas arrêtée là.

À partir de janvier 2026, son ex-compagne "a commencé à faire des lives sur des plateformes type Kick, Twitch, (...) en réécrivant toute l'histoire et en m'insultant, en me menaçant", relate-t-elle. "Elle m'a accusée de scatophilie, elle m'a accusée de choses horribles comme quoi j'étais cocaïnomane, enfin c'était complètement lunaire, j'ai décidé donc de déposer plainte".

"Et malheureusement, le 1er février 2026, elle a décidé de sortir mon adresse sur les réseaux sociaux et de venir à mon domicile", équipée d'une bombe lacrymogène, ajoute la jeune femme, qui ne s'y trouvait pas à ce moment. "C'est quand j'ai déposé plainte le 1er février que j'ai compris que j'étais victime de violences conjugales", affirme Emma Paris.

Jugée en mars, Clara Da Costa Bastos a été reconnue coupable de cyberharcèlement, d’atteinte à la vie privée et de diffusion, sans l’accord d’Emma Paris, d’images d’elle à caractère sexuel (revenge porn), selon une publication d’Emma Paris sur Instagram. Just Pyramid a été condamnée à huit mois de prison avec sursis probatoire de deux ans et a interdiction d’entrer en contact avec Emma Paris, toujours selon cette dernière. Contacté pour confirmer ces informations, le parquet de Créteil ne nous avait pas répondu au moment de la publication de cet article.

Un message pour les victimes de violences conjugales

Avec son témoignage, Emma Paris espère que "quelqu'un se reconnaîtra" dans son histoire et parviendra "à se sortir d'une relation toxique, d'emprise, de violence psychologique". L'emprise, "ça commence vraiment tout doucement", alerte-t-elle.

La créatrice de contenus veut également attirer la lumière sur les violences dans les couples lesbiens: "on en parle moins, mais il y en a énormément", assure-t-elle. En 2024, 85% des mis en cause pour violences conjugales étaient des hommes, tandis que 84% des victimes étaient des femmes, selon les chiffres du service de statistiques du ministère de l'Intérieur. D'après une étude publiée par l'Ined, un institut public de recherche en démographie, en 2022, les violences au sein des couples de femmes sont différentes de celles commises dans des couples hétérosexuels: elles sont moins souvent physiques, et plus de l'ordre psychologique.

Elle conseille aux victimes "d'écouter leur instinct" et "surtout, de ne pas s'isoler". "Je leur dirais qu'on peut s'en sortir. Il y a la lumière au bout du tunnel", ajoute-t-elle. Pour Emma Paris, cela passe notamment par la thérapie, et par son livre. À travers lui, elle souhaite faire prendre conscience qu'une drôle d'histoire sur les réseaux sociaux peut cacher des faits à la fois sombres et tristement banals: le nombre de femmes âgées de 18 ans et plus qui, en 2023, ont été victimes de violences conjugales en France est estimé à 376.000.