La romancière Virginie Despentes, a comparé mercredi le limogeage du PDG de la maison d'édition, Olivier Nora, à un acte de "prédation" perpétré par le milliardaire conservateur Vincent Bolloré.
C'est l'une des autrices les plus emblématiques de Grasset. Dans une vidéo postée par "La grande librairie", l'émission littéraire de France 5 qui sera diffusée mercredi soir, l'écrivaine Virginie Despentes explique pourquoi elle a signé, avec quelque 200 autres auteurs, une pétition dénonçant la décision du groupe Hachette, contrôlé par Vincent Bolloré, de licencier le patron qui dirigeait Grasset depuis 26 ans.
"Ce n'est pas une guerre, c'est de la prédation. Si c'est le même mot que quand il s'agit de prédation sexuelle, c'est que c'est le même mécanisme: abuser de son pouvoir pour dépouiller l'autre de son humanité", déclare-t-elle dans cette courte vidéo.
"Dans une situation de prédation, la critique de l'attitude de ceux qui sont attaqués est toujours une légitimation de ceux qui attaquent", ajoute l'autrice de "Baise-moi", qui a publié la plupart de ses livres chez Grasset, dont "Vernon Subutex" et "Cher connard".
"La littérature n'appartient à la bourgeoisie"
Virginie Despentes réagit aussi à la tribune de Vincent Bolloré publiée le weekend dernier dans le Journal du dimanche, où il dénonçait "le vacarme" d'une "petite caste". "Je m'adresse à ceux qui disent: +c'est des bourges, c'est bien fait pour eux+ - je dis, ça, c'est comparable à dire +sa jupe était trop courte, et elle aurait dû moins sourire, et si ça lui arrive, c'est bien qu'elle le mérite+", dit-elle.
"Les autrices et les auteurs ne sont pas tous des bourges, les lecteurs et les lectrices ne sont pas tous des bourges, la littérature n'appartient pas à la bourgeoisie. Même si ça dérange l'extrême droite, c'est comme ça : les librairies ne sont pas des magasins de luxe", ajoute-t-elle.
Virginie Despentes soutient aussi l'action engagée par les auteurs pour récupérer leurs droits sur leurs romans publiés chez Grasset. "Nous voulons sauver tous nos livres, et que n'importe quelle autrice ou auteur puisse dire: je reprends tout, mon texte n'aura pas la même couverture que celui de l'éditeur de (Jordan) Bardella", le président du Rassemblement national, qui a publié deux livres chez Fayard, autre maison d'Hachette.