Après l'annulation du Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême en 2026, une nouvelle équipe a remporté l'appel à projets pour relancer l'événement. Céline Bagot, qui en assurera la codirection aux côtés de Marie Parisot, nous présente sa vision et ses priorités.
À quoi ressemblera le prochain festival d'Angoulême ? Trois mois après l'annulation de l'événement majeur du 9e Art, les manettes de la prochaine édition ont été confiées à Marie Parisot, ex-cadre des éditions Dargaud et des Humanoïdes Associés et Céline Bagot, fondatrice du Pop Women Festival à Reims qui a longtemps travaillé pour le Festival international de la bande dessinée d'Angoulême (FIBD). Le duo sera adossé au groupe Morgane, qui gère déjà les Francofolies et le Printemps de Bourges.
Leur proposition a tapé dans l'œil de l'Association pour le développement de la BD à Angoulême (ADBDA), missionnée par les pouvoirs publics après l'éviction de 9e Art+, l'organisateur de l'événement depuis deux décennies. Critiquée pour sa gestion financière peu transparente, la société avait, en outre, fait face à une opposition massive de la part des bédéistes à la suite du licenciement d'une salariée qui avait porté plainte pour viol. Mis à l'écart, 9e Art+ a ainsi engagé une action en justice pour "parasitisme" et "concurrence déloyale" contre l'ADBDA.
Le chantier d'Angoulême n'est donc pas des plus aisés - car il y a là tout un festival à reconstruire et une confiance à renouer avec les artistes, les acteurs et actrices de la profession. Sa nouvelle co-directrice Céline Bagot présente ainsi les grandes lignes de cette refonte.
Quelle a été votre réaction à l'annonce de votre sélection ?
Très heureuse! Toute l'équipe ayant travaillé sur ce projet l'est évidemment. J'assurerai la codirection du Festival avec Marie Parisot, qui est, elle aussi, une ancienne du milieu de la bande dessinée. Nous sommes toutes les deux très attachées à cet art depuis longtemps, aussi bien professionnellement que personnellement et sommes forcément ravies de pouvoir réfléchir à ce nouveau festival, de mettre en avant les autrices et les auteurs, et de nous mettre au service de la profession.
L’édition 2026 du festival de BD d’Angoulême aura-t-elle lieu? 2:58
C'est une problématique nécessaire : les conclusions des États généraux de la bande dessinée font justement état de la place très compliquée des auteurs et des autrices dans le système économique actuel du livre.
Il s'agira d'un des axes majeurs de cette nouvelle version d'Angoulême…
Les auteurs et les autrices seront notre priorité absolue. Tout acte de création part de là. Organiser un festival, c'est mettre en avant les créateurs et les créatrices au sens large, aussi bien les auteurs et autrices que les coloristes, les lettreurs et les traducteurs. Il s'agit aussi de les faire dialoguer avec d'autres disciplines artistiques, de les associer à d'autres formes d'expression.
L'enjeu est de remettre au cœur du sujet, la création artistique en bande dessinée et de discuter avec celles et ceux qui la fabriquent.
Y a-t-il d'autres axes que vous souhaiteriez développer à Angoulême ?
Angoulême, c'est un moment unique dans l'année où la bande dessinée bénéficie d'une visibilité médiatique et internationale considérable - ce qui constitue un enjeu majeur pour nous. Il est donc important de réfléchir à la programmation : les expositions, bien sûr, mais aussi les tables rondes, les masterclass, et le marché international des droits.
Toute la profession peut ainsi se retrouver en un même lieu pour échanger et travailler ensemble tout au long de l'année - notamment via des achats de droits pour des œuvres de bande dessinée française. Notre ambition est vraiment de redonner au neuvième art son rayonnement à l'international.
Le délai pour mettre sur pied cette nouvelle version du festival reste très court…
Il est en effet très court (rires). Nous envisageons un retour en janvier 2027. L'avantage, c'est qu'en présentant notre dossier, avec une partie artistique et culturelle déjà étoffée, nous avions déjà pris contact avec un certain nombre d'auteurs, d'autrices et de maisons d'édition autour d'une programmation 2027. Nous sommes donc déjà en train de la mettre en place.
Est-ce que ce sera facile ? Non. Mais défendre la culture, de nos jours, n'est jamais chose aisée.
Quelles sont vos premières pistes ?
Une chose est sûre : nous souhaiterions travailler avec Anouk Ricard, autrice éminemment importante dans le monde de la bande dessinée. Elle avait reçu le Grand Prix d'Angoulême pour 2026, mais comme le festival a été annulé, elle n'a pas pu être mise à l'honneur. Il nous semble particulièrement important de la remettre en avant, notamment à travers une exposition. Parler du matrimoine de la bande dessinée sera aussi un véritable sujet.
Mais le festival d'Angoulême doit représenter tous les courants de la bande dessinée. Quand nous avons constitué notre dossier, nous avons réfléchi la programmation sur trois ans. Évidemment, en 2027, nous ne pourrons pas proposer autant d'expositions qu'avant, mais nous travaillons déjà avec la Cité de la bande dessinée, qui dispose d'une programmation déjà prête. Cela permettra d'établir un équilibre sur les trois prochaines années, en collaborant avec des maisons d'édition et des auteurs qui représentent ce que nous imaginons du neuvième art.
Tous les courants de la bande dessinée, est-ce que cela inclut aussi Bastien Vivès ?
D'un point de vue personnel, je dirais que la liberté d'expression est fondamentale et que la cancel culture n'a pas lieu d'être au sein d'un événement culturel. Les maisons d'édition invitent aussi de leur côté des auteurs et des autrices. Nous respecterons leur choix.
Que retenir de la gestion du festival par l'équipe précédente ?
Nous allons respecter l'appel à projets et son cahier des charges très complet : de la transparence avec toute la profession, une attention très particulière à l'écoute, au débat et à la prise de position parfois collective.
Car ce qui est ressorti très fortement de l'annulation du festival en 2026, c'est que pour beaucoup, Angoulême est un bien commun, un moment fondamental pour toute la profession. Notre objectif, c'est vraiment d'instaurer ce dialogue permanent avec ses acteurs et actrices.
Comment percevez-vous la procédure judiciaire engagée pour parasitisme par l'ancien directeur du festival à l'encontre de l’Association pour le développement de la bande dessinée à Angoulême (ADBDA) ?
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Nous allons laisser la justice faire son travail, et nous concentrer sur l'organisation de l'événement de début 2027. C'est ce qui nous occupe actuellement.