Dans une France qui fume moins, Contre-Feu accuse les fabricants de cigarettes électroniques de favoriser l'addiction à la nicotine des jeunes en misant sur un marketing ciblé. L'ex Alliance contre le tabac réclame des mesures pour protéger les adolescents.

La cigarette électronique est dans le viseur de Contre-Feu, l’alliance contre l’industrie du tabac (anciennement ACT). Dans un communiqué de presse daté du mardi 14 avril, ce collectif accuse les industriels de créer une nouvelle génération de fumeurs et réclame des "mesures concrètes", notamment le paquet neutre pour tous les produits de vapotage.

Contre-Feu demande également "un encadrement strict de la dénomination des arômes" ainsi que l'interdiction de la vente en ligne. "Ces mesures sont essentielles pour empêcher l’industrie de recruter une nouvelle génération de consommateurs dépendants à la nicotine", estime le collectif.

Les fabricants misent particulièrement sur le packaging et le goût pour attirer les jeunes, selon Contre-feu. Il évoque des arômes aux noms attrayants tels que "Licorne" ou "Barbe à papa" et même certains produits reprenant les codes de jeux vidéo, appelés "Vape of Legends" ou "Call of Vape".

Contre-Feu cite son "enquête sur les usages de la cigarette électronique chez les 13–16 ans", réalisée en 2025 et selon laquelle plus d'un adolescent sur deux appartenant à cette classe d'âge indique que les saveurs fruitées ou sucrées constituent la principale motivation d'essai.

"Contrairement à ce que prône leur slogan d’un 'monde sans fumée', leur objectif n’est pas de sortir les personnes de la dépendance, mais au contraire de les y introduire", dénonce le collectif.

Compenser la baisse du tabagisme

Plus largement, en 2022, près de 57% des Français de 17 ans disaient avoir déjà expérimenté la cigarette électronique. Les données de l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives montrent que cette année-là, 6,2% d'entre eux confiaient vapoter quotidiennement, un chiffre "qui a triplé depuis 2017". Ce, alors même que Santé publique France a enregistré en parallèle en 2025 une forte baisse du tabagisme dans le pays, avec 18% de fumeurs quotidiens comptabilisés en 2024. La proportion de fumeurs quotidiens parmi les 18-75 ans est passée de 28,6% à 18,2% en 10 ans.

"Pour pallier la baisse de consommation de tabac, les principaux cigarettiers déplacent leurs efforts vers les produits de vapotage, utilisant arômes, packaging et promotions pour séduire les jeunes: 62 % de leur budget marketing est consacré à la promotion des produits "à risque réduit", dont la cigarette électronique fait partie. Sans mesures concrètes, nous risquons de voir émerger une nouvelle génération dépendante de la nicotine", déplore Marion Catellin, directrice de Contre-Feu.

Le communiqué rappelle que la nicotine, classée comme "substance vénéneuse" par le code de la santé publique, peut "accentuer l’anxiété", "aggraver les symptômes dépressifs" et "perturber le développement cognitif chez les adolescents".

Un marché lucratif

Ce collectif pointe aussi le fait que les cigarettes électroniques représentent un marché particulièrement lucratif en France, avec une croissance estimée par l'institut d'études Xerfi à environ 4 % par an jusqu’en 2027. L'an dernier, il a généré près de 1,6 milliard d'euros de chiffre d'affaires, pour plus de 3 millions de consommateurs, d'après les chiffres de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).

La cigarette électronique nous rend-elle dépendants? 16:40

Dans ces conditions, le secteur attire les investisseurs. Les données présentées par Contre-Feu dénombrent 18,7 milliards d’euros de crédits accordés et 27,9 milliards d’euros investis en Europe entre 2018 et 2025 pour soutenir le marché de la nicotine, dont la cigarette électronique fait partie.

L'industrie du tabac est la première à bénéficier de cet argent. Si le marché est aujourd'hui jugé "épars", les cigarettiers ont, d'après le communiqué, bien l'intention de "reprendre la main". British American Tobacco et Philip Morris International sont particulièrement mobilisés, ce dernier n'hésitant pas, selon Contre-Feu, à organiser des distributions gratuites de sa cigarette électronique Veev dans des bars fréquentés par des étudiants.