Après le premier décès consécutif à des injections illégales connu en France, les professionnels de la médecine et de la chirurgie esthétiques alertent sur la dangerosité des "fake injectors" et donnent des clés pour les repérer.

À Villeurbanne, dans la banlieue lyonnaise, une femme est morte le 20 mars après avoir reçu une injection esthétique illégale. La personne suspectée d’avoir pratiqué cette injection dans un appartement a été "mise en examen des chefs d’homicide involontaire par violation manifestement délibérée d’une obligation de prudence ou de sécurité et d’exercice illégal de la profession de médecin et placée en détention provisoire" a indiqué le parquet de Lyon ce lundi 30 mars.

Il s'agit du premier décès consécutif à des injections illégales connu en France. Ces injections illicites sont en hausse ces dernières années, selon le Syndicat national de chirurgie plastique reconstructrice et esthétique (SNCPRE). "Ce drame illustre les dangers liés à ces actes pratiqués par des non-médecins et dans des conditions sanitaires déplorables", a affirmé le syndicat dans un communiqué lundi.

Ces "fake injectors" comme les appellent les médecins, sont le plus souvent des femmes qui réalisent des injections de botox ou encore d'acide hyaluronique à visée esthétique (faire grossir les lèvres, faire disparaître des rides...) alors qu'elles ne sont pas qualifiées pour le faire. En France, seuls les médecins ont le droit de réaliser ces actes.

"Derrière des tarifs attractifs et des promesses de résultats immédiats se cachent des dangers considérables: nécroses cutanées, infections graves, embolies, déformations irréversibles, hospitalisations d'urgence", alerte le SNCPRE.

Publicité sur les réseaux sociaux

Certaines injectrices ont pignon sur rue dans des instituts d'esthétique, d'autres se déplacent dans des appartements loués ou chez les clients. Il existe plusieurs manières de repérer ces "fake injectors".

En premier lieu, puisque les activités de médecine esthétique sont réservées, comme leur nom l'indique, aux médecins, les personnes qui se présentent comme des "infirmières" ou des "esthéticiennes" sont dans l'illégalité si elles réalisent ces actes. D'autres n'hésitent pas à se revendiquer "docteur", c'est alors qu'il faut vérifier si elles le sont réellement.

Les "fake injectors" trouvent leur clientèle sur les réseaux sociaux. "Déjà, un médecin n'a pas le droit de faire de la publicité, donc des photos extravagantes d'avant/après" (probablement retouchées) peuvent alarmer", explique Christine Magnier, médecin esthétique et présidente l'Union française de l’esthétique médicale (Ufem).

Catherine Bergeret-Galley, présidente du SNCPRE, met aussi en garde contre les comptes affichant "des publicités dithyrambiques sur les réseaux sociaux, avec une personne qui exhibe un diplôme, qui a un surnom mais pas de nom, pas d'adresse fixe, pas de numéro de téléphone fixe, et que l'on ne trouve pas sur Google Maps".

"De temps en temps, elles ont des centres, mais si on appelle le conseil départemental de l'ordre des médecins, on se rend compte qu'il n'y a aucun docteur dans ces centres", poursuit la chirurgienne plasticienne.

Des prix particulièrement bas, des communications sur Whatsapp...

En effet, les médecins ont pour obligation de s'inscrire auprès de l'Ordre des médecins pour pratiquer. "Si malgré tout, le client arrive sur un lieu qui n'est pas un cabinet médical, elle peut toujours demander la carte de l'Ordre des médecins (de l'injectrice) avec ses numéros Adeli et RPPS", qui permettent d'identifier les professionnels de santé, précise Christine Magnier. La dermatologue souligne que dans le cas d'injections à visée esthétique, "il n'y a pas d'urgence à aller se faire traiter, il faut prendre le temps de vérifier" la personne qui va les réaliser.

D'autres signes peuvent mettre la puce à l'oreille: des prix particulièrement bas par rapport au marché, avec des seringues à 200 euros ou moins, une injectrice qui tutoie sa "patiente", des communications qui se font uniquement par messages privés sur les réseaux sociaux ou sur Whatsapp, ou encore des demandes de paiement en espèces ou via PayPal, parfois avec acompte.

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Certains termes sont particulièrement prisés par ces injectrices, comme "douce lips", ou "russian lips", "utilisés pour désigner des injections dans les lèvres sans mention explicite du produit injecté", d'après le SNCPRE. "De même, certaines appellations comme 'lifting coréen' peuvent correspondre en pratique à une lipoaspiration du menton, qui constitue pourtant un acte chirurgical", ajoute le syndicat.

Les médecins insistent sur l'importance d'aller chez des personnes qualifiées pour réaliser ces actes: "on a vu des patientes avec des complications énormes!", alerte Catherine Bergeret-Galley.

En 2025, l'Ordre des médecins a reçu 213 signalements concernant des actes médicaux et chirurgicaux illégaux à visée esthétique - un record - et déjà 28 en 2026. En 2024, les signalements étaient de 128, contre 123 en 2023 et 62 en 2022. Ces chiffres restent toutefois en deçà de la réalité, pour l'Ordre.