Cet événement naturel se développe dans l'océan Pacifique et se caractérise par un réchauffement de l’océan le long de l’équateur, qui contribue ensuite à une hausse des températures à l'échelle du globe. Combiné au réchauffement climatique lié aux activités humaines, il pourrait entraîner des conditions extrêmes.

Il est parfois appelé "l'enfant terrible du Pacifique". Le phénomène El Niño "est en train de se mettre en place et débutera très probablement à partir de l’été 2026", écrit Météo-France ce mardi 14 avril. Cet événement affecte le climat mondial, jouant un rôle de "radiateur" naturel qui s'ajoute aux effets du changement climatique, lui d'origine humaine.

"El Niño n'est actuellement pas encore visible, même si des températures plus chaudes ont fait leur apparition à l’ouest de l’océan Pacifique, à proximité de l’Amérique du sud", détaille Météo-France. Le phénomène devrait ainsi se développer à l'été pour atteindre son intensité maximale à la fin de l'année, d'où il tire d'ailleurs son nom, "El Niño" (l'enfant), pour l'arrivée de Jésus autour de Noël.

Selon l'observatoire européen Copernicus, les océans ont atteint le mois dernier un niveau de chaleur quasi-record, signal du retour probable du phénomène.

Pour le moment, l'intensité de l'épisode à venir reste une inconnue majeure mais il pourrait être important. "Certains modèles de prévision numérique à échéance saisonnière prévoient, dans leurs simulations du mois d’avril, une augmentation marquée de ces températures, susceptibles d’atteindre ou de dépasser le seuil de 2°C en fin d’année. Mais il est trop tôt, compte tenu de l’incertitude de la prévision à cette période de l’année, pour affirmer que l’on dépassera ce seuil", a précisé à ce propos Lauriane Batté, climatologue à Météo-France.

Un phénomène climatique naturel...

Les instituts météorologiques et climatiques observent actuellement un retour à des conditions dites normales dans l'océan Pacifique équatorial, signe d'un passage progressif de La Niña à El Niño. Ce phénomène trouve donc son origine dans une très large bande allant de l'Indonésie au Pérou.

Il s'agit d'un phénomène climatique naturel dans lequel oscillent deux phases. Dans la situation initiale, les vents, appelés les alizés, poussent les eaux chaudes de surface vers l'ouest, faisant ainsi remonter de l'eau froide des profondeurs. On se retrouve avec de l’eau chaude côté Indonésie, et de l’eau froide côté Pérou.

Dans des conditions El Niño, on assiste à une réorganisation de l'atmosphère et des changements de vents. Il y a alors une accumulation d'eau chaude, qui va se déplacer vers l'est, en direction des côtes sud-américaines. Conséquence: on observe une hausse générale de la température de la surface de l'eau, notamment à l'est du Pacifique qui, par effet d'entraînement, augmente la température de l'air. C'est ce qu'on appelle le phénomène El Niño.

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... accentué par le réchauffement climatique

Ces événements sont donc liés à la variabilité naturelle du climat. Ils apparaissent d'une manière irrégulière, tous les 2 à 7 ans, et durent de 6 à 18 mois. Mais pourquoi la probable arrivée de ce phénomène dès cet été inquiète-t-elle? Un épisode El Niño contribue à augmenter la température de surface de la planète pendant plusieurs mois car il réchauffe de plus de 1°C les couches océaniques superficielles dans le rail équatorial.

S'il s'agit d'un phénomène naturel, il vient toutefois s'ajouter au réchauffement climatique d'origine humaine. El Niño entraîne donc "plus facilement des valeurs élevées que par le passé", explique Météo-France.

"La survenue d'un événement El Niño marqué en 2026-2027, s'ajoutant à l’effet du changement climatique, augmenterait les probabilités d'observer en 2026 ou en 2027, une valeur de température moyenne planétaire proche ou supérieure au record de 2024", a détaillé l'institut météorologique. L'année 2024 avait été la première à dépasser le seuil symbolique de 1,5°C de réchauffement depuis l'ère pré-industrielle, la limite la plus ambitieuse de l'accord de Paris sur le climat.

Après les trois années les plus chaudes jamais mesurées sur Terre, le retour d'El Niño fait craindre une aggravation de la crise climatique. "Si El Niño se forme cette année, on est quasiment sûrs que l’année prochaine sera la plus chaude et dépassera de nouveau 1,5°C de réchauffement", a déclaré auprès du Monde Matthieu Lengaigne, océanographe et climatologue à l'Institut de recherche pour le développement.

La formation de cyclones facilitée

Outre les températures, la mise en place d'un tel événement modifie également plusieurs paramètres climatiques à l'échelle du globe. Ainsi, "des conditions plus humides sont souvent constatées sur la côte ouest de l’Amérique du Sud, la Corne de l’Afrique ou dans le sud des États-Unis, alors que des conditions sèches sont le plus souvent observées de l’Océanie à l’Australie ainsi que sur le bassin de l’Amazonie", précise Météo-France.

Les pluies le long de la côte Pacifique de l’Amérique du Sud peuvent parfois être bénéfiques pour l'agriculture mais peuvent aussi entraîner inondations et glissements de terrain. Surtout, en raison d'eaux plus chaudes, de nombreux poissons désertent les côtes de ces régions, causant de nombreuses difficultés pour les pêcheurs.

Un épisode El Niño tend, par ailleurs, à faciliter la formation de cyclones dans le Pacifique central et oriental, par exemple jusqu'à la Polynésie française, tout en limitant leur développement dans l'Atlantique. El Niño peut en particulier influencer les conditions climatiques sur les territoires d'outre-mer situés dans les régions tropicales et subtropicales.

Terres et mers confondues, le mois de mars se situe au quatrième rang pour les températures à la surface du globe, à 1,48°C au-dessus des valeurs estimées pour la période préindustrielle.