Face à la multiplication des signalements d'intoxications, une campagne choc revient sur les dangers du "gaz hilarant", le protoxyde d'azote, entre paralysie à vie et accidents de la route mortels.

Ce n'est pas un jeu, c'est un poison. Derrière l'euphorie éphémère d'un "ballon" de gaz hilarant, la réalité fait en effet froid dans le dos: les signalements d’intoxications liés au protoxyde d’azote ont été multipliés par 3 entre 2022 et 2023, et même par 4 pour les cas graves. L'an dernier, l'usage détourné de ce gaz était en cause dans de nombreux accidents, avait pointé du doigt la sécurité routière dans son bilan annuel.

Une première campagne contre le "proto"

Pour la première fois, la sécurité soutière et le ministère de l'Intérieur s'attaquent donc frontalement à ce fléau avec la campagne "Proto: on passe vite du rire aux drames", diffusée depuis le 7 avril sur les réseaux sociaux et à partir du 12 avril à la télévision. Objectif affiché par la ministre déléguée chargée de la Citoyenneté Marie-Pierre Vedrenne: "dire la vérité pour protéger", en montrant sans filtre les dommages irréversibles causés par l'inhalation de ce gaz détourné de son usage culinaire.

"Mort de rire": une réalité tragique sur les routes

La campagne mise sur des images fortes pour illustrer les risques irréversibles: paralysie, incontinence, absences au volant avec de potentiels accidents mortels. Le slogan décline l'expression "mort de rire" pour confronter les usagers à la réalité du produit. Pour les victimes et leurs proches, le service "Drogues info service" reste disponible au 0 800 23 13 13 (7 jours sur 7 de 8h à 2h) et propose un soutien anonyme et gratuit.

Cette prise de conscience est d'autant plus urgente que la mortalité routière est directement impactée. En 2025, le protoxyde d'azote a été mis en cause dans de "trop nombreux accidents" de la route. Un drame récent à Nanterre a encore illustré cette dangerosité: un conducteur sous emprise a percuté deux véhicules à un feu rouge, causant la mort d'une personne et faisant plusieurs blessés.

Vers un durcissement des sanctions

Au-delà de la sensibilisation, le Gouvernement muscle sa réponse pénale avec le projet de loi "Ripost" présenté par le ministre de l'Intérieur. Le fait d'inhaler du protoxyde d'azote hors cadre médical deviendra ainsi un délit passible d'un an de prison et 3.750 euros d'amende. La conduite sous emprise sera elle sanctionnée par 3 ans de prison et 9.000 euros d'amende. Enfin, la revente de ce gaz dans le cadre d'un commerce illégal sera passible de 6 mois d'emprisonnement et 7.500 euros d'amende.

Au-delà des risques au volant, l'usage répété peut aussi entraîner des conséquences graves: "À fortes doses ou sur le long terme: atteintes neurologiques permanentes, troubles cognitifs, risque de dépendance. Des atteintes qui surviennent pour certains, beaucoup plus vite, à la première prise", note la page d'information de la Sécurité routière.