Six mois après sa nomination à la tête du ministère de l’Intérieur, Laurent Nuñez a décidé de tourner la page de ses prédécesseurs Bruno Retailleau et Gérald Darmanin, en procédant à la nomination de proches à des postes-clés.
Mercredi, le Conseil des ministres a procédé, sur sa proposition, à plusieurs nominations de préfets, premier volet d’un plus vaste mouvement qui devrait être le dernier d’ampleur du quinquennat d’Emmanuel Macron.
Depuis son arrivée à Beauvau, le ministre de l’Intérieur a pris soin de mettre ses pas dans ceux de Bruno Retailleau et Gérald Darmanin. Mais les mois passant et l’hypothèse d’un renversement du gouvernement avant l’échéance présidentielle de 2027 s’éloignant, Laurent Nuñez a pris peu à peu ses distances avec ses prédécesseurs.
Le Conseil des ministres a ainsi acté le remplacement du secrétaire général du ministère, Hugues Moutouh, par un des proches de M. Nuñez, Etienne Stoskopf, actuel préfet du Val-du-Marne. Etienne Stoskopf était au cabinet de Laurent Nuñez lorsque ce dernier était secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur d’alors Christophe Castaner.
Réputé proche de Bruno Retailleau qui l’avait nommé il y a tout juste un an à ce poste-clé du ministère, Hugues Moutouh a été nommé préfet de la région Centre-Val de Loire.
Son départ de Beauvau n’est pas une surprise. Tout oppose Laurent Nuñez à Hugues Moutouh. L’inclination politique d’abord : le premier est plutôt de centre-gauche quand le second est un proche d’Éric Ciotti, ancien président de LR, rallié au RN et nouveau maire de Nice. Le style ensuite : Laurent Nuñez est réputé pour son entregent tandis qu’Hugues Moutouh est adepte des formules à l’emporte-pièce, quitte à déclencher des polémiques.
Dans l’Hérault, l’un de ses précédents postes, il s’était illustré par une phrase : « La méthode, c’est deux claques et au lit ! », lancée lors des violentes émeutes urbaines consécutives à la mort de Nahel fin juin 2023.
Dans les Alpes-Maritimes avant de rejoindre Beauvau, cet amateur de krav-maga, une méthode de combat israélienne, avait fait de l’immigration une de ses priorités, en ligne avec l’objectif affiché alors par le ministre Bruno Retailleau.
Relations exécrables avec l’actuel directeur de cabinet du président Emmanuel Macron
Depuis sa nomination, Laurent Nuñez s’est attaché à arrondir le discours sur l’immigration, ce qui lui a attiré les foudres de préfets. Son insistance, il y a deux semaines, à défendre la nécessité d’accorder des titres de séjour pour les « métiers en tension » a été perçue par certains hauts fonctionnaires comme un assouplissement de la position du gouvernement.
Au chapitre des mouvements de préfets, le départ de l’Élysée de Georges-François Leclerc, six mois après son arrivée, pour la préfecture de la région Île-de-France interviendra en mai, après le départ de l’actuel détenteur du poste, Marc Guillaume, donné favori pour devenir vice-président du Conseil d’État.
Très apprécié de Gérald Darmanin qui l’avait nommé préfet de la région Paca, Georges-François Leclerc rêvait de devenir préfet de police de Paris. Le poste lui ayant échappé, il a rebondi en octobre comme directeur de cabinet du président Emmanuel Macron.
Mais rapidement, ses relations avec Laurent Nuñez se sont tendues, au point d’être décrites comme exécrables par plusieurs hauts fonctionnaires.
Pas de changement à la préfecture de Police de Paris
D’ailleurs Frédéric Rose, actuel préfet des Yvelines, est pressenti pour lui succéder auprès du chef de l’État. Tensions également entre le ministre de l’Intérieur et le préfet de police de Paris Patrice Faure. Mais pas de changement en vue, plusieurs sources proches du dossier estimant que le chef de l’État, qui avait choisi M. Faure, ne lui retirera pas son soutien.