Une révolution industrielle est sans doute en cours. Ici, à Issoire (Puy-de-Dôme), chez Constellium, géant mondial spécialisé dans la production de tôles en aluminium pour l’aéronautique, le spatial et la défense, un tout nouveau procédé permet le recyclage d’avions en fin de vie.

Le principe, qui paraît presque miraculeux, consiste à récupérer l’aluminium d’un appareil au rebut, le refondre, le transformer en lingots… puis le réutiliser pour fabriquer de nouvelles pièces d’avion. Une boucle quasi parfaite. « Notre métier n’est pas seulement de produire de l’aluminium, mais aussi d’être capables d’assurer son recyclage », résume Renaud Hugues, arrivé à la tête du site en novembre dernier.

Une première mondiale

Jusqu’ici, recycler un avion relevait du casse-tête : trop de matériaux, trop d’alliages différents, trop de pièces. Résultat, une grande partie finissait déclassée, voire inutilisée.

Mais en s’associant avec Airbus et TARMAC Aerosave, spécialiste du démantèlement, Constellium a franchi un cap. Pour la première fois, l’aluminium issu d’un avion hors service a été récupéré, trié, refondu… puis transformé en un lingot identique à l’alliage d’origine.

« On a réussi à reproduire exactement le même alliage, le « 2024 ». C’est une vraie rupture », insiste Renaud Hugues. En clair, l’aluminium d’un vieil avion peut redevenir un matériau apte à voler, sans perte de qualité.

Une prouesse technique… et écologique

Derrière cette avancée, un processus industriel millimétré : démontage de l’appareil, tri des matériaux, broyage, traitement, puis refusion et transformation. Un travail de fourmi qui, jusqu’ici, rebutait les industriels. À terme, cette technologie pourrait bien changer la donne. Fini les carcasses d’avions stockées dans les déserts. Place à de nouveaux gisements de matière première. Et surtout moins de bauxite extraite, moins d’énergie consommée, moins de CO₂ émis… et des avions en fin de vie qui deviennent le point de départ du suivant.

« L’aluminium a une particularité rare : il est recyclable à l’infini. Et surtout, il consomme 95 % d’énergie en moins lorsqu’il est recyclé », souligne Renaud Hugues.

« C’est un levier énorme pour décarboner l’aéronautique », renchérit Guillaume Bes, expert recyclage chez Constellium. « L’enjeu, c’est de boucler la boucle : produire, utiliser, puis réutiliser sans repartir de zéro. Un avion peut fournir plusieurs tonnes de lingots. »

« Maintenant, il faut le faire à grande échelle »

Pour l’instant, l’exploit est encore au stade de prototype. Prochaine étape : la production industrielle. À Issoire, les équipes visent une première coulée de cinq tonnes d’aluminium issu d’un avion recyclé « d’ici quelques années », sans avancer de calendrier précis. « On a démontré que c’était possible. Maintenant, il faut le faire à grande échelle », projette Renaud Hugues.