L'avocat de la famille du ministre retrouvé mort en 1979 estime que ce dossier doit "devenir l'urgence judiciaire" car les derniers témoins et archives "sont en passe de disparaître".

"C'est la démarche de la dernière chance". La famille de l'ancien ministre Robert Boulin a estimé mardi 21 avril que l'élucidation du mystère autour de sa mort suspecte en 1979, bientôt dans les mains du pôle "cold cases" de Nanterre, représentait une "course contre la montre".

"On est dans une course poursuite pour résoudre l'affaire Boulin. Les derniers témoins, les dernières archives sont en passe de disparaître", a alerté lors d'une conférence de presse l'avocat de la famille, Me Didier Seban, redoutant la disparition des acteurs de l'époque.

En vue du transfert de l'enquête au pôle national des crimes sériels ou non élucidés (PCSNE), requis par le parquet de Versailles, le pénaliste demande que le mystère entourant le décès de l'ancien ministre du Travail soit résolu "dans les 18 mois", avant le cinquantenaire du drame en 2029.

"Je pense que ce dossier peut être résolu dans les 18 mois. Cette exigence, cette urgence, nous en avons fait part aux magistrats. La mort d'un ministre en exercice, ça doit devenir l'urgence judiciaire", a-t-il alerté devant la presse.

Un "grand soulagement" pour sa fille

Le 30 octobre 1979, le corps de ce gaulliste historique, perçu comme un potentiel Premier ministre désireux d'incarner, selon sa fille Fabienne Boulin-Burgeat, "une troisième voie contre l'ultracapitalisme", était retrouvé dans un étang de Rambouillet (Yvelines).

Si la justice avait conclu à un suicide, sa famille privilégie la thèse de "l'assassinat politique", dans un contexte de violences extrêmes marqué sous Valéry Giscard d'Estaing par la mort de trois ministres.

Pour étayer cette piste criminelle, la famille pointe de longue date l'implication du Service d'action civique (SAC, le service d'ordre du parti gaulliste), Fabienne Boulin-Burgeat s'appuyant sur un témoin qui avait relaté "l'implication de Pierre Debizet, le patron du SAC" à l'époque des faits.

"Les assassins de mon père ont tout fait pour faire croire que c'était un suicide, en essayant d'évacuer tous les éléments", a fustigé sa fille. "Ca fait 47 ans que je vois ça. C’est un grand soulagement que de voir ce dossier arriver au pôle Cold Case.”

Une nouvelle autopsie demandée

Celle qui affirme avoir vécu "la peur au ventre" pendant dix ans décrit une "catastrophe judiciaire" aux allures de "vrai polar". Elle dénonce aussi des manquements, comme un mot d'adieu jugé "absurde" et qui n'avait pas été analysé, et la machine à écrire du ministre restée sept jours sans scellés, "utilisée par un policier pour taper une audition".

Aussi, une entaille profonde au poignet n'avait jamais été soumise au médecin légiste, car dissimulée par un "gros bracelet" à la morgue. Des milliers de pièces ont mystérieusement disparu, et d'innocents scellés ont été expédiés au "pilon", toujours selon elle.

Me Seban réclame une nouvelle autopsie, convaincu que la recherche de micro-algues dans les ossements pourrait prouver l'absence de noyade pour cet homme retrouvé le visage "totalement ensanglanté". La famille demande également une nouvelle recherche des scellés, une audition des secrétaires de Robert Boulin et des primo-intervenants, et une reconstitution.

"Nous n'avons pas toute l'histoire"

L'avocat lance également un appel solennel à Emmanuel Macron pour déclassifier les archives de l'État, exigeant aussi de la CIA un rapport jusqu'ici expurgé.

"On ne sait pas tout. Des gens ont été complices de cette dissimulation. Il nous reste beaucoup à découvrir. Nous n’avons pas toute l’histoire", estime l'avocat.

"On attend que la justice dise que Robert Boulin a été tué et qu’il a été tué pour des raisons politiques. Le jour où on pourra écrire ça, on pourra considérer que notre mission a été remplie", a-t-il ajouté.

Pour Fabienne Boulin-Burgeat, le transfert (du dossier vers le pôle Cold Case) représente un grand espoir. Que la justice fasse enfin son travail". "C’est la démarche de la dernière chance" a-t-elle lancé.