Un charmant cours d’eau ondule au bord de la rue de la Recherche à Villeneuve-d’Ascq (Nord). Les pépiements des canards qui se prélassent sous les arbres, percent malgré le bruit des voitures. Mais c’est odeur nauséabonde qui pousse pourtant à tourner le regard de l’autre côté de la route. « C’est infernal, hein ? », glisse Emmanuel, 67 ans. Le retraité en plein jogging désigne d’un geste de la main la décharge sauvage qui s’étend à sa gauche. « Je ne sais pas depuis combien de temps cela dure mais il faudrait dépolluer ! »
Depuis quelques mois, des tonnes de déchets s’accumulent sur cet ancien campus de l’Université de Lille. Fermé à l’été 2024, il abritait auparavant l’IUT de chimie. « Le site a été vidé et on a demandé très rapidement qu’il soit fermé », raconte Sébastien Costeur, adjoint au maire de Villeneuve-d’Ascq chargé de l’aménagement, de l’urbanisme et de la voirie. En vain : l’accès aux quatre hectares de la friche n’a pas été bloqué.
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Après la fermeture du campus, « les bâtiments ont été démantelés » illégalement. Puis des personnes ont commencé à larguer leurs débris sur le parking. « Le déchet amenant le déchet… Des particuliers comme des entreprises sont venus déposer tout et n’importe quoi », résume l’adjoint. La zone est devenue une verrue au milieu du quartier. Des meubles, des poubelles éventrées et de grandes quantités de pneus se mêlent à l’amiante, aux produits chimiques dangereux et même aux carcasses de voitures.
Entre mouches et rats, la faune locale ne fait pas rêver
« Ce monticule de gravats et de briques, ce sont sûrement des professionnels qui l’ont laissé », montre l’élu. Une dizaine de blocs de béton a été installée tout récemment à l’entrée du périmètre, pour éviter que la situation empire encore. « Mais le mal est fait ! » Avec un enjeu d’hygiène et de santé : « Il y a les odeurs qui posent problème, la prolifération de nuisibles aussi », constate Sébastien Costeur. Entre les mouches et les rats, la faune locale ne fait pas rêver.
De plus, des câbles et d’autres déchets sont régulièrement brûlés. « On reçoit de la poussière d’amiante », est persuadée Annie, 75 ans. Son jardin – mignon et bien entretenu – n’est séparé du dépotoir que par un terrain investi par des membres de la communauté du voyage. « Si vous marchez dehors, vous ramenez des dépôts noirs à l’intérieur. Le chat en a dans ses poils aussi… » Impossible, l’été, de dormir les fenêtres ouvertes ou de profiter de l’extérieur le soir.
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Devant son portail, la retraitée paraît excédée : « Ce n’est pas faute d’avoir signalé ! C’est incroyable d’avoir laissé pourrir la situation… » Elle n’a qu’un souhait : « Que ça bouge ! » La décharge à ciel ouvert pose aussi des questions de sécurité, selon Sébastien Costeur. « On ne sait pas les risques que prennent les gens qui viennent sur le terrain et dans les bâtiments désossés ! Entre les morceaux de verre, l’amiante, etc. Il faut absolument que ce soit sécurisé et nettoyé. On ne peut pas attendre des mois et des mois… »