Petit mais mondialement connu, le village de Giverny, dans l’Eure, s’apprête à vivre une année 2026 singulière. Les célébrations commémorant le centenaire de la mort de Claude Monet vont rythmer la vie de ce petit bourg posé à flanc de coteaux à quelques encablures de l’Epte et de la Seine. Du début du printemps au début de l’hiver, expositions et autres manifestations apporteront un éclairage parfois traditionnel, parfois plus nouveau, sur la présence du célèbre peintre en ce lieu.
« Une période charnière de la vie du peintre »
La première mise en lumière s’intitule : « Avant les nymphéas, Monet découvre Giverny, 1883 – 1890 ». Elle se déroule jusqu’au dimanche 5 juillet. Ce rendez est « unique et singulier », souligne Cyrille Sciama, directeur général du musée des impressionnismes Giverny, conservateur en chef du patrimoine et commissaire de l’exposition. « À l’occasion du centenaire de la disparition de Claude Monet, le 5 décembre 1926, le musée des impressionnismes organise une exposition exceptionnelle consacrée aux premières années de l’artiste dans le village de Giverny, de son arrivée en 1883, à la fin de l’année 1890, où il devient propriétaire de sa maison et peut entreprendre la création de son jardin, explique Cyrille Sciama. C’est une période charnière de la vie du peintre durant laquelle il passe de la précarité à la renommée. »
L'exposition « Avant les nymphéas, Monet découvre Giverny, 1883 – 1890 » se déroule jusqu’au dimanche 5 juillet./AFP/LOU BENOIST
« Pendant ces années fondatrices, Monet explore son nouvel environnement, poursuit Cyrille Sciama. Coquelicots, peupliers, prairies et collines, cours de l’Epte et de la Seine, toute une topographie façonnée par la pluie et le brouillard, le soleil et les nuages. L’exposition se propose ainsi de faire revenir sur les lieux mêmes de leur création les œuvres à travers lesquelles le maître de l’impressionnisme s’est approprié le village et ses environs, offrant aux visiteurs l’expérience magique de pouvoir contempler les paysages de Giverny à travers les yeux de Monet, à l’intérieur comme à l’extérieur des salles. »
Des œuvres jamais vues
Un long travail de recensement, de collecte, d’acceptation de prêt des œuvres a été nécessaire à l’élaboration de cette exposition qui d’ores et déjà figure comme une grande première. Une exposition que le commissaire qui en est à l’origine a voulue surprenante. « Le visiteur va découvrir des œuvres qu’il n’a pas l’habitude de voir. S’il connaît souvent Monet à travers les images de la gare Saint-Lazare, des cathédrales ou des champs de coquelicots, il va pouvoir explorer en plus des motifs familiers (peupliers, meules), des points de vue assez originaux sur les coteaux, les scènes d’hiver, le brouillard, la pluie ou encore l’Epte, confirme Cyrille Sciama. Monet était également passionné d’architecture. Dans ses compositions apparaissent des lignes de fuite et des lignes d’horizon que nous ne percevons plus toujours aujourd’hui, car le paysage a quelque peu changé avec le temps et les constructions. Ce décalage va surprendre le public, mais ce qu’il y a de merveilleux, c’est de revoir ces œuvres sur le lieu même où elles ont été peintes. »
En mars, dans l'un des jardins de Monet à Giverny, les bassins attendent la floraison des célèbres nymphéas./LP/Gilles Motteau
La déambulation que propose l’exposition offre une perspective différente sur le travail du peintre. Une expérience singulière. « En se promenant aux alentours du musée et de Giverny, le visiteur va pouvoir reconnaître le paysage, confirme encore Cyrille Sciama. L’exposition offre une autre image de Monet, plus agricole et intemporelle. Les paysages sont dépourvus de figures humaines : on ne voit ni les paysans, ni l’épicier, le prêtre ou l’instituteur. Ce vide crée une atmosphère très apaisante. Monet se passionne pour la lumière, la couleur et la vibration du paysage. Cette expérience demande du temps au spectateur, car il ne s’agit pas seulement de trouver cela joli. Il faut observer, analyser les nuances, comprendre la lumière, et devenir un acteur de la peinture. » Une proposition immersive et participative à partager en famille.