Planté entre des navires militaires, des grues et un ancien hélicoptère de l’armée, il interroge les passants qui admirent l’arsenal de Brest (Finistère) du haut du pont de Recouvrance, du téléphérique ou au travers des grilles du bas du boulevard Jean-Moulin.
« C’est quoi, ce truc ? », entend-on souvent chez les promeneurs… Brestois ou non. Avec sa couleur presque turquoise, ce grand pylône de plusieurs mètres de haut, surplombé d’un coq aux mêmes teintes, n’est autre qu’un canon érigé en monument.
Et pas des moindres, en l’occurrence, car il s’agit d’un canon, le Baba Merzoug (« Père chanceux » en arabe), qui a des siècles durant, gardé le port d’Alger. Un canon qui tirerait ses origines de l’Empire Ottoman, daterait de 1515, et aurait rejoint l’Algérie en appui des campagnes militaires du sultan Sélim Ier.
Or ce basilic de 12 tonnes, nommé « La Consulaire » par les Français, aurait été saisi, comme d’autres canons, en 1830, lors de la prise d’Alger par l’armée française, alors commandée par le général de Bourmont et l’amiral Duperré. « Ce dernier, qui fût en poste à Brest, a fait ériger à la verticale le canon, telle une colonne, et l’a fait surplomber, en 1837, d’un coq aux ailes déployées, emblème de la France, en équilibre sur un boulet », poursuit Christian Guyonvarc’h, conseiller régional de Bretagne issu de l’Union démocratique Bretonne (UDB), qui s’attelle à poursuivre le très long combat de sa restitution.
La loi n’intègre pas les objets militaires
Car depuis plus de 40 ans, diverses associations, algériennes ou françaises, ont tenté de faire en sorte que cette « prise de guerre », « qui devrait revenir au port d’Alger », soit rendue au peuple algérien. Maintes fois le projet est tombé à l’eau, car la Marine, notamment, considérait qu’elle faisait partie de son patrimoine historique, et n’envisageait à aucun moment une rétrocession.
Aussi, le conseiller régional brestois s’est-il attelé à travailler de nouveau ce dossier épineux. « Il y a dix jours, lundi 13 avril, passait à l’Assemblée nationale une Loi relative à la restitution de biens culturels provenant d’Etats qui, du fait d’une appropriation illicite, en ont été privés - en l’état, de biens spoliés…, poursuit-il. J’ai donc communiqué la situation du Baba Merzoug ». Mais voilà, le texte de Loi n’intègre pas les objets militaires.
« La Loi votée porte uniquement sur les objets culturels, et le Baba Merzoug n’est pas considéré comme tel. Ce qui ne veut pas dire que le gouvernement ne peut pas prendre l’initiative de le restituer ! Ce serait un symbole fort pour l’Algérie de la part de la France pour signifier la fin de la période postcoloniale », assène Christian Guyonvarc’h, qui modère son propos en précisant qu’il ne « souhaite pas rentrer dans la politique de l’Algérie, mais plutôt restituer un bien qui n’est absolument pas lié à Brest ou l’histoire bretonne, mais bien à celle des Algériens ».