À quelques kilomètres de Rouen (Seine-Maritime), les habitants du plateau du Pays de Caux doivent régulièrement se fournir en bouteilles d’eau potable suite aux fortes précipitations et aux inondations qui rendent l’eau du robinet impropre à la consommation. Depuis des années, les experts pointent du doigt l’urbanisation et l’agriculture intensive qui ont, après la Seconde Guerre mondiale, réduit à la portion congrue les haies bocagères pour des immenses plaines.
Sur le plan national, l’État a lancé un pacte en faveur des haies doté de 110 millions d’euros entre 2024 et 2030 dont l’objectif est de recréer 50 000 km de haies en France. À Grémonville (entre Yvetot et Rouen), Eugène Lefevre et sa fille, architecte et paysagiste formée à Versailles (Yvelines), ont lancé le programme le plus important du département de Seine-Maritime.
Les avantages de l’agroforesterie
La ferme de Grémonville est une EARL familiale sur 25 hectares avec 50 % d’herbages et 50 % de cultures (blé, colza, lin et orge). Repris il y a sept ans par le duo père-fille avec la volonté d’en faire « un centre de travail autour de l’environnement ».
« Il y a longtemps que nous voulions replanter des haies. Je suis allé voir dans plusieurs fermes de l’Eure qui m’ont convaincu que l’agroforesterie est un élément nouveau dans l’agriculture, avec beaucoup d’avantages. Il y a des décennies, le bocage cauchois a été arraché. Les gens prétendaient subir les haies. Face au réchauffement climatique et ses conséquences, cela ne pourra amener que des éléments positifs sur la protection de la biodiversité et le retour des oiseaux, des insectes, des reptiles, des mammifères et de la flore. Cela va créer un couloir de protection, de nidification, d’alimentation et d’équilibre pour la biodiversité. Les haies permettront aussi un fort stockage de carbone », détaille l’exploitant.
Il souligne les bienfaits sur la régulation des ruissellements « qui éliminera la turbidité de l’eau, la pollution et l’érosion des sols ». « Nous avons d’ailleurs construit pour cela un talus à l’ancienne, comme au XVIIIe siècle. Nous n’avons pas apporté de la terre, mais l’avons tiré sur 1,2 hectare et 25 centimètres de profondeur dans les règles du CAUE (Conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement). Comme la technique des clos masures si réputée en Normandie. Tout cela évitera l’assèchement des sols dû au vent. Taillés, les végétaux permettront de valoriser comme le bois pour des chaufferies collectives ou en paillage. Cela n’est pas un retour de l’agriculture à l’ancienne comme je peux l’entendre, mais l’avenir ».
« Les haies sont des ouvrières qui travaillent toute l’année pour nous »
D’un coût d’un peu plus de 50 000 euros dont 90 % aidés, Eugène et Camille ont été soutenus par la Chambre de l’agriculture de Seine-Maritime et la Direction départementale des territoires et de la mer afin de décrocher, fin 2024, les subventions nécessaires : « nous sommes partis sur un truc un peu fou : planter près de 3 500 mètres de haies autour des herbages. Cela représente 3 675 arbres de hauts jets, cépées et arbustes. 80 % sont déjà réalisés par la société Environnement Forêts qui produit ses propres essences locales validées par l’administration ».