« La peau des carottes, ça se mange ! C’est là où il y a tous les micronutriments. » Dans la cuisine du centre Ruth Bader Ginsburg, au sein du quartier des Halles à Paris, huit étudiants de l’université Paris-Est Créteil (UPEC) écoutent avec attention les multiples conseils de Jean Covillault, ex-candidat de l’émission Top Chef sur M 6.

En ce vendredi matin, le cuisinier s’est déplacé spécialement pour leur dispenser un cours de cuisine et préparer un déjeuner complet ensemble. Au menu du jour ? Œufs mayo et poireaux vinaigrette en entrée, curry de poulet en plat de résistance et pancakes pour la touche sucrée. « Je vous montre comment cuisiner des choses hyper méga simples », annonce le chef en tablier bleu. Mais une fois ces bases acquises, « on peut s’amuser à faire un milliard de trucs ! »

Donner envie de confectionner ses propres repas

Un peu en retrait, Perri, Chayma, Soungourou, Mélissa et Martine observent les commis d’un jour s’activer derrière les fourneaux. Également étudiantes à l’UPEC, elles ont organisé la masterclass culinaire du jour dans le cadre d’un cours de leur master en management et commerce international.

Comme les autres camarades de leur promotion, elles ont dû monter un projet destiné à améliorer le bien-être des étudiants. Les cinq jeunes femmes ont choisi de focaliser leur travail sur la lutte contre la précarité alimentaire qui touche de nombreux jeunes inscrits dans le supérieur. D’après une récente étude de l’Observatoire de la vie étudiante (OVE), 46 % des étudiants déclarent ainsi sauter des repas pour des raisons économiques.

Aider plusieurs d’entre eux à « apprendre à cuisiner à bas coûts » leur tenait donc à cœur. L’insécurité alimentaire « concerne énormément de personnes », rappelle Melissa, en pleine installation d’un petit-déjeuner d’accueil pour les participants. « Pour certains étudiants, c’est difficile d’avoir ne serait-ce qu’un seul repas complet sur une journée. » Leur ambition consiste avant tout à pousser ces jeunes à cuisiner leurs propres repas – une façon de faire des économies. « Je connais des boursiers qui vont deux fois par jour au Crous, en ramenant leur Tupperware pour récupérer leur repas du soir », pointe Perri. « C’est déjà une solution en soi, mais je trouve que ce n’est pas assez. »

« En fin de mois, c’est chaud ! »

Pour mener à bien leur projet, les étudiantes ont dû faire preuve de débrouillardise. À quelques semaines de la date prévue, le lieu qui devait les accueillir a annulé leur venue. Elles ont dû trouver en urgence une nouvelle salle prête à les recevoir. Afin de se fournir en denrées alimentaires, elles se sont rapprochées de l’entreprise Too Good To Go, qui les a mises en relation avec l’association « Du Beurre dans les épinards ». Une cagnotte a aussi été créée pour financer l’achat de différents ustensiles, avec lesquels repartira chacun des participants à l’atelier. En plus des 5 euros demandés à chaque inscrit, les organisatrices ont chacune contribué à hauteur de 10 euros pour arrondir leur budget.

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Avant d’aller en cuisine aux côtés du chef, les volontaires ont d’abord pu échanger sur leurs habitudes alimentaires. Un diaporama sur les apports nutritionnels de différents produits, monté avec l’aide de camarades en filière diététique, est projeté sur un tableau. Le but ? Faire poindre l’idée que cuisiner maison peut constituer une alternative saine, facile et économique aux plats ultratransformés ou à la fast-food.

« J’arrive à varier… Sauf en fin de mois, c’est chaud ! Là, je fais des pâtes » Oumar

Parmi les étudiants présents, Oumar espère cuisiner « plus » après avoir assisté à l’événement. Aujourd’hui, « 80 % » de ses repas sont achetés à l’extérieur. « Que ce soit pour la santé ou pour le portefeuille, c’est relou de manger tout le temps dehors ! », reconnaît le jeune homme. « Quand je fais à manger, je fais souvent la même chose : des pâtes, du poisson pané… Du rapide et facile à faire », abonde Colline. De son côté, Grace dit ressentir déjà davantage de plaisir à cuisiner. « J’arrive à varier… Sauf en fin de mois, c’est chaud ! Là, je fais des pâtes », explique-t-elle.

Bouillon savoureux et mayo express

Après ces discussions, le petit groupe passe à la pratique. Certains sont chargés de désosser la viande, d’autres de couper les légumes. L’occasion pour Jean Covillault de transmettre des astuces toutes simples à reprendre au quotidien. Les épluchures d’oignons, les queues de poireaux ou les os de poulet ? Surtout, ne pas les jeter : ces déchets vont servir à la réalisation d’un savoureux bouillon dans lequel cuira le riz. Des jaunes d’œufs restants ? Les voilà utilisés pour monter une mayonnaise express. Sur les tables, les apprentis cuisiniers notent avec précision les diverses recommandations du chef. « Nous aussi, on en profite un peu ! On prend les petits conseils », sourit Soungoura, une des étudiantes à l’origine du projet.