Génies militaires, les Romains l’étaient tout autant en matière hydraulique. Acheminer de l’eau potable sur de longues distances n’avait aucun secret pour eux. Attendue depuis plus d’une décennie, la nouvelle Maison des aqueducs se propose d’évoquer cette science antique et les fameux aqueducs construits pour alimenter Saintes. Situé à Vénérand (Charente-Maritime), ce centre d’interprétation ouvre tout juste ses portes pour témoigner de cette ingénierie hors du commun. Ce village abrite l’une des sources choisies par les Romains pour alimenter Saintes, Mediolanum Santonum, alors capitale de la Gaule aquitaine.
Un niveau à bulle long de 6 m !
Au total, ces bâtisseurs ont construit près de 17 km d’aqueducs alimentés par trois sources distinctes et capables de délivrer jusqu’à 24 000 m3 d’eau par jour. Une prouesse décrite sur trois niveaux par la Maison des aqueducs au pied d’une source déjà exploitée par les Romains. Les visiteurs y découvriront les différents métiers essentiels au tracé et à la construction d’un aqueduc. Les principaux outils aussi, comme le chorobate, sorte de table longue de 6 m au moins qui faisait office… de niveau à bulle. Cette invention incroyable a notamment permis aux Romains de bâtir le premier aqueduc long de 7 500 m avec un dénivelé d’environ 1,30 m entre la source… et Saintes. Cet ouvrage bâti vers -20 avant J.-C. fut l’un des premiers aqueducs en Gaule.
Le 02/04/2026, à Vénérand, Charente-Maritime. Maison des aqueducs, centre d'interprétation consacré aux aqueducs romains de Saintes. LP/Fabien Paillot
Quelques décennies plus tard, les Romains construisirent un second aqueduc suivi au IVe siècle d’une nouvelle extension. L’ensemble est constitué de galeries souterraines, de murs-ponts, de siphons et de ponts-aqueducs dont il ne reste aujourd’hui que peu de traces. Le pont de Haumont mesurait pourtant 430 m de longueur, soit plus que le célèbre pont du Guard.
Libres ou guidées*, les visites à la Maison des aqueducs permettent d’appréhender ce savoir-faire et sa signification pour un territoire tout entier. « La gestion de l’eau était un formidable outil d’intégration et d’apprentissage de la romanité, au même titre que les jeux ou les thermes », décrypte Amine Baten, le responsable du site.
En temps de paix, les légionnaires romains étaient réquisitionnés pour construire ces ouvrages, aux côtés des civils et esclaves. Et gare aux voleurs d’eau : « Ils encouraient la peine capitale », assure Amine Baten. À partir du Ve siècle, les aqueducs de Saintes ont périclité faute d’entretien. Il faudra attendre le XVIIIe siècle pour qu’un châtelain n’en restaure une partie pour alimenter les bassins privés de sa somptueuse résidence, au Douhet. L’eau y coule toujours, ce qui fait techniquement de cette portion d’aqueduc antique la seule encore… en activité.