Début mars, le contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) visitait l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris (IPPP). Un mois et demi plus tard, l’autorité indépendante publie au Journal officiel des recommandations urgentes face aux « dysfonctionnements majeurs » constatés dans ce lieu.
Selon le contrôleur des prisons, ces dysfonctionnements portent atteinte « à la dignité des patients, en partie maintenus arbitrairement dans un lieu de privation de liberté exempt du contrôle des autorités compétentes ».
Près de 1 500 personnes admises l’an dernier
L’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police, fondée en 1872, reçoit des personnes amenées par les services de police, le plus souvent dans un contexte de garde à vue ou en raison d’un trouble avéré à l’ordre public, pour évaluer la nécessité d’une hospitalisation en psychiatrie. En 2025, 1 456 personnes y ont été admises.
L’infirmerie, structure unique en France, est rattachée à la préfecture de police de Paris et dépend donc du ministère de l’Intérieur et non de celui de la Santé. Or, ce statut juridique particulier « a pour conséquence de la soustraire aux contrôles et obligations qui s’imposent aux établissements de santé habilités à accueillir des patients placés en soins psychiatriques sans consentement », déplore le CGLPL.
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Des soins sans consentement
« Aucune autorité sanitaire ou juridictionnelle n’exerce de contrôle régulier sur son fonctionnement », regrette le contrôleur, comme il l’avait fait dès sa première visite de l’établissement, en 2009.
En outre, assure le CGLPL, les patients maintenus en soins sans consentement « sont arbitrairement privés de liberté », les certificats médicaux et les voies de recours prévues par la loi n’étant, par exemple, jamais notifiés au patient durant son placement à l’infirmerie. « L’accès à un recours effectif est ainsi totalement entravé », est-il pointé dans ces recommandations alors qu’« aucun accès à un avocat commis d’office n’est possible ».
Pas de douche, ni de toilettes
L’établissement dispose de quatorze places pour un accueil effectif de douze personnes mais « les conditions d’accueil et d’hébergement sont indignes », avec des procédures appliquées « de manière systématique, sans considération de l’âge, du sexe ou de la morphologie des personnes et quelle que soit la durée de leur placement », des patients privés de sous-vêtements, de téléphone, de douche ou de toilettes…
« Les conditions d’accueil et d’hébergement doivent garantir le respect de la dignité des patients et leur intimité », rappelle le CGLPL, qui affirme que les surveillants policiers sont présents lors des soins, ce qui « porte gravement atteinte au secret médical » et « compromet l’établissement d’une alliance thérapeutique ».