Invité du nouvel épisode du "Titre à la une", Dominique Besnehard rend un hommage à Nathalie Baye, disparue à 77 ans d'une maladie neurodégénérative. Son ancien agent et ami de quarante ans revient sur la maladie, mais surtout sur la femme libre, exigeante et discrète qu’elle était.
Les hommages du monde du cinéma se sont multipliés depuis ce samedi 18 avril 2026, à l’annonce de la mort de Nathalie Baye, figure à la fois exigeante et populaire du cinéma français.
L’actrice, ex-compagne de Johnny Hallyday et mère de Laura Smet, s’est éteinte à 77 ans des suites d’une maladie neurodégénérative. Très discrète, elle avait tourné avec les plus grands, de François Truffaut à Jean-Luc Godard, en passant par Xavier Dolan, Bertrand Blier ou Claude Chabrol. Elle est morte "vendredi soir à son domicile parisien de la maladie à corps de Lewy", a précisé sa famille à l’AFP.
Invité du dernier épisode du Titre à la une, Dominique Besnehard, agent de longue date devenu producteur, revient sur la maladie de son amie, mais surtout sur la femme qu’elle était. Proche de l’actrice pendant plus de quarante ans, il était aussi le parrain de sa fille, Laura Smet.
"Nathalie Baye, mon plus beau souvenir de cinéma": après sa disparition à 77 ans, Dominique Besnehard raconte son amitié avec l'actrice qui ne jouait pas les stars 22:52
Vous êtes resté auprès de Nathalie Baye jusqu'au bout?
Oui, car cela fait 40 ans que je la connais. Je l'ai rencontrée lors du casting d’Une étrange affaire, le film de Pierre Granier-Deferre. Elle y tenait un rôle important. Je l'ai croisée dans un ascenseur alors que j'allais rejoindre le réalisateur. Elle m'a demandé: "Vous êtes Dominique?": J'ai répondu par l'affirmative. Je n'étais pas très connu à l'époque, j'avais 25 ans. Elle m'a dit: "Il paraît que vous aimez beaucoup les acteurs et que vous les aidez beaucoup. Si je vous avais connu durant mes périodes difficiles, j'aurais été heureuse de vous rencontrer au moment où j'avais des doutes". Cela m'avait énormément touché.
Est-ce rare qu'une actrice se confie aussi facilement?
Surtout dans un ascenseur, lors d'une première rencontre. Nathalie n'était pas quelqu'un qui parlait beaucoup d'elle. Pierre avait dû dire des choses très gentilles sur moi. À partir de là, nous ne nous sommes plus jamais quittés. Notre relation s'est consolidée sur le tournage du Retour de Martin Guerre en 1982, près de Saint-Girons.
Il s'agit d'un film historique du XVIe siècle où elle donne la réplique à Gérard Depardieu?
J'avais fait tout le casting. Généralement, un directeur de casting travaille à Paris et n'est pas présent sur le tournage, mais moi, j'y suis resté durant les huit semaines, dans un village médiéval. C'est mon plus beau souvenir de cinéma. J'étais très proche de Nathalie Baye et de Gérard Depardieu. Gérard m'a appelé hier pour me parler d'elle pendant vingt minutes. Il était très attaché à Nathalie.
Nathalie Baye a notamment signé une tribune pour soutenir Gérard Depardieu* face aux accusations?
Oui, avec Catherine Deneuve et Fanny Ardant. Gérard me disait hier qu'il adorait ces actrices car, au fond, c'étaient de véritables "bonhommes". Il avait raison. Après cela, nous avons fait de nombreux films, comme La Balance. En 1985, quand je suis devenu agent, elle m'a rejoint et je l'ai représentée jusqu'à ce que je devienne producteur. Nous avons prolongé notre rapport sur la série Dix pour cent, où j'ai tenu à ce qu'elle apparaisse avec sa fille. Cet épisode sur la thématique mère-fille a d'ailleurs réalisé l'un des meilleurs scores d'audience.
*Gérard Depardieu a été condamné, le 13 mai 2025, par le tribunal correctionnel de Paris, à dix-huit mois de prison avec sursis pour agressions sexuelles lors du tournage du film Les Volets verts en 2021. Il sera jugé en appel dans cette affaire du 16 au 20 novembre prochain. Depuis 2018, l'acteur est accusé par plusieurs plaignantes de viols et d'agressions sexuelles, NDLR.
On lit souvent que Nathalie Baye incarnait la douceur et la loyauté. Quel était son style?
Ayant fait de la danse, elle était très disciplinée. Elle pouvait parfois avoir un côté "cheftaine", mais elle possédait beaucoup d'humour sur elle-même. Elle aimait la nature et se montrait à la fois douce et volontaire. Elle était directe et franche. En vingt ans, je n'ai eu que deux désaccords avec elle. Elle me convoquait pour me parler et elle avait souvent raison. Par exemple, quand j'ai soutenu Ségolène Royal, elle m'a averti que je m'embarquais dans des choses qui ne me ressemblaient pas et que je n'en tirerais aucune reconnaissance. Elle avait raison.
Bertrand Tavernier disait d'elle qu'elle chorégraphiait ses déplacements et s'appropriait les décors comme un chat, qu'en pensez-vous?
Elle avait un corps gracieux et bougeait très bien. Au théâtre, elle était sensible, mais elle n'aurait jamais pu jouer la tragédie; ce n'était pas sa tessiture. Elle excellait dans les pièces d'O'Neill ou de Tchekhov, toujours dans la demi-teinte.
Sa voix était également mélodieuse, en demi-teinte. Elle contait très bien la poésie et a enregistré des textes de George Sand. Johnny Hallyday a d'ailleurs utilisé sa voix pour l'introduction de Quelque chose de Tennessee. Dans les scènes d'autorité ou d'hystérie, comme chez Xavier Dolan, elle était incroyable.
Elle a tout de même connu des passages à vide dans sa carrière?
Comme dans toutes les carrières. Elle disait très justement qu'on ne construit pas une carrière sur les rôles acceptés, mais sur les refus. Il ne faut pas accepter un rôle uniquement pour l'argent si l'on n'en a pas envie; c'est ainsi que les beaux projets arrivent.
C'était une femme très discrète. Elle ne lisait pas les magazines people. Dans sa maison de la Creuse, elle lisait le journal local. Elle était loin du bling-bling. Même durant sa période adolescente, amoureuse d'une idole: Johnny Hallyday. Ce fut une très belle histoire. Par la suite, elle a parfois subi l'image d'actrice intellectuelle ayant "vulgarisé" son image au contact de Johnny, alors qu'elle l'avait au contraire entraîné vers de grands films d'auteur avec Godard ou Costa-Gavras. Ils sont restés amis et confidents jusqu'à la fin.
Quels étaient ses goûts?
Elle aimait la peinture et la danse. Elle me faisait découvrir les ballets de Pina Bausch. Elle était aussi une grande cinéphile, allant souvent au cinéma avec Micheline Presle. Elle me signalait souvent de nouveaux metteurs en scène à suivre.
Elle tournait moins ces derniers temps?
C'était devenu compliqué car la maladie évoluait. Au début, elle oubliait des rendez-vous ou répétait les mêmes choses, mettant cela sur le compte de sa dyslexie. Puis la conversation est devenue limitée. J'espère qu'elle ne s'est pas rendu compte de son état. Elle n'a pas eu de regrets. C'était quelqu'un de sain d'esprit et de corps. Sa poésie résidait dans le jeu, la danse et la lecture. Elle avait un côté "grande sœur" très touchant. Elle était modeste et ne faisait jamais de reproches. Être à la fois l'agent et l'ami d'une actrice est une chose rare.