Ils s’appellent Oumar, Axel ou encore Alicia, et vont être mis à l’honneur ce week-end sur les pelouses de Ligue 1 et de Ligue 2. Trois prénoms de personnes victimes de discriminations dans leur quotidien, parmi les 34 qui seront visibles sur les maillots des joueurs professionnels. L’opération, initiée par la Ligue de football professionnel (LFP), débute dès ce vendredi à l’occasion du match entre Brest et le Racing Club de Lens (20h45) et des cinq rencontres de Ligue 2 programmées ce soir (20h), et va durer jusqu’à la fin du week-end.
Ces dernières années, la LFP avait plutôt privilégié la fin de saison et la date de la journée internationale de lutte contre l’homophobie (17 mai) pour valoriser sa campagne, spécifiquement pour cette discrimination. Mais la volonté est aujourd’hui différente, et le projet réalisé en lien avec les associations Her Game Too, qui lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans le foot, Foot Ensemble et la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), veut toucher un public plus large. Les discriminations mises en lumière sont de nature multiples : sexistes, racistes, homophobes ou antisémites.
« On ne veut pas opposer une discrimination à une autre, insiste Arnaud Rouger, directeur général de la Ligue professionnelle de football (LFP). Toutes les discriminations se valent et toutes les discriminations sont citées. On n’a pas peur de parler de toutes les discriminations, on ne les invisibilise pas. »
« On s’est aperçus que de différencier les discriminations n’était pas la manière la plus opportune de faire de la pédagogie, poursuit-il en faisant référence aux différents ateliers de prévention réalisés durant l’année auprès des acteurs du foot. On gagne en pédagogie et en interaction à parler de toutes les discriminations, et de discriminations qui touchent le plus de personnes. »
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« Si ça crée ne serait-ce qu’une discussion, ça sera une victoire »
Exit donc les logos et autres flocages arc-en-ciel qui suscité de nombreuses polémiques, et place à ce flocage plus universel qui préserve aussi l’anonymat des victimes. « Notre campagne de communication est un retour de nos actions sur le terrain, où les ateliers sont diversifiés et ont finalement plus d’impact, précise-t-on au sein de la LFP, qui à date a organisé 150 ateliers de sensibilisation auprès de 45 clubs professionnels (en plus de 250 ateliers dans les centres de formation et de préformation). Il s’agit d’être plus fort en ayant un discours qui va être mieux reçu auprès du grand public. »
Un dispositif pertinent selon les associations partenaires, pas inquiète d’un manque possible de lisibilité ou d’impact que pourrait engendrer ce regroupement des discriminations. « Ça nous a semblé plutôt cohérent, l’intersectionnalité étant un sujet important pour nous aussi, estime Louise Poyard, coprésidente de Her Game Too. Tout le monde va voir ces noms placardés sur le dos des joueurs et ça va questionner, estime-t-elle. Si ça crée ne serait-ce qu’une discussion dans un groupe d’amis devant la télé ou dans les tribunes, ça sera une victoire. »
Et une manière aussi de libérer à nouveau la parole. « Certaines étaient vraiment partantes pour parler d’elles, pour mettre en lumière ce qu’elles vivent, ajoute Louise Poyard. Elles étaient fières de porter la lutte à travers leur témoignage. Pour elles, en parler c’est un peu montrer l’exemple pour celles qui n’osent pas. »