Elles ne sont pas bien grandes, mais elles peuvent générer des dégâts collatéraux. L’an passé, le Syctom – un établissement public qui traite et valorise les déchets ménagers de 81 communes d’Île-de-France - a perdu 15 millions d’euros à cause d’explosions causées par des bonbonnes de protoxyde d’azote dans ses centres de traitement.

D’après ses estimations, un million de ces récipients sont entrés dans l’un de ses trois incinérateurs (situés à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) et dans les Hauts-de-Seine à Issy-les-Moulineaux), provoquant plus de 25 000 explosions. « Soit environ une toutes les 2 heures », pointe le syndicat dans un communiqué.

Illustration. Voici la campagne du Syctom pour l'interdiction des bonbonnes de protoxyde d'azote.

Face à ce fléau qui met en danger la vie de ses agents, le Syctom a décidé de lancer une campagne en ligne appelant à l’interdiction de ce produit, dont l’utilisation est détournée comme gaz hilarant et peut avoir des conséquences dramatiques pour la santé des consommateurs.

« Le problème des explosions est un sujet qui monte depuis plusieurs années, décrit Corentin Duprey, son président. En tant qu’élu local, j’ai d’abord été confronté à la problématique de ces déchets sur l’espace public. Au-delà de l’enjeu évident de santé publique, ces bonbonnes posent désormais un sujet de continuité du service public. L’an passé, nous avons été obligés d’interrompre plusieurs fois le fonctionnement de nos unités de valorisation énergétique à cause des dégâts qu’elles ont engendrés dans nos centres. »

Un projet de loi au Sénat

En 2025, le Syctom a ainsi consacré 3 millions d’euros à ces réparations et a subi 12 millions d’euros de perte d’exploitation. « On ne produit plus de chaleur quand on arrête un four (NDLR : la chaleur des fours du Syctom est utilisée pour le chauffage urbain), détaille l’élu. Or, c’est notre principale recette. On doit aussi transférer les déchets qu’on ne traite plus ailleurs et payer nos partenaires pour leur traitement. »

Pour l’instant, aucun agent du Syctom n’a été blessé. « Mais c’est arrivé dans d’autres centres », pointe le président. « Ce problème se retrouve partout en France, poursuit-il. Le Syctom s’en veut un peu le porte-voix via cette campagne, car nous avons une force de frappe plus importante que des syndicats en structure publique de tailles plus petites. »

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Le Syctom milite pour l’interdiction de la vente de bonbonnes aux particuliers, notamment en ligne. « Il faut que seuls les professionnels de l’alimentation et du secteur médical puissent s’en procurer sur justificatif », insiste Corentin Duprey. Le 26 février dernier, un projet de loi dans ce sens a été adopté au Sénat.