Une maîtresse d’œuvre et deux ex-concubins soupçonnés d’avoir rénové leurs comptes en banque au détriment des comptes publics ; des voyages au Mexique, à Londres et à Mayorque ; des vêtements de luxe, un jacuzzi et des voitures… L’affaire jugée ce vendredi par le tribunal correctionnel de Saintes (Charente-Maritime) promettait d’épingler trois escrocs poursuivis pour avoir empoché près d’1,1 million d’euros au détriment de l’Anah, l’Agence nationale pour l’amélioration de l’habitat, connue pour chapeauter le dispositif MaPrimeRénov’.
Coup de théâtre : le dossier ficelé à la va-vite fin mars a finalement été renvoyé aux calendes grecques, le parquet ayant été « invité à mieux se pourvoir ». Les avocats des trois prévenus comme ceux des parties civiles et de l’Anah elle-même ont estimé que les responsabilités pénales de chacun n’étaient pas clairement établies. « Qui a fait quoi ? Qui s’est enrichi ? On ne sait pas », a plaidé Me Thibaut Kurzawa, l’avocat de la principale prévenue âgée de 38 ans.
Vrais devis mais artisans différents
Installée près de Rochefort, cette mère de famille dirigeait ou présidait plusieurs entreprises dont certaines auraient permis de détourner les fonds issus de MaPrimeRénov’ au nez et à la barbe des particuliers, entre avril 2024 et juillet 2025. De faux devis étaient présentés à ces clients alléchés par la promesse d’un reste à charge de zéro euro. Ces documents mentionnaient des artisans agréés RGE (Reconnus garants de l’environnement) comme gage de sérieux. Mais d’autres professionnels, moins chers et sans agrément RGE, réalisaient au final les travaux. Entre le montant remboursé par l’Anah sur la foi des faux devis et le prix réel des travaux au rabais, les escrocs empochaient en réalité une marge très confortable. Jusqu’à 47 000 euros de bénéfices nets dans un dossier, 42 000 euros dans un autre, a évoqué le tribunal.
Au total, près d’une cinquantaine de particuliers auraient été les victimes indirectes du trio, démasqué par un artisan ayant vu son identité usurpée. Tous n’ont pas déposé plainte car tous n’ont pas eu à se plaindre du résultat des travaux.
Travaux inachevés et malfaçons
D’autres, comme Dylan Bourreau et sa compagne ainsi qu’une proche voisine, Mélissa Lacour, subissent encore les effets délétères de cette magouille. Les premiers n’auraient pas autant bâclé leurs travaux s’ils les avaient faits eux-mêmes, sourient-ils. La seconde sait qu’elle devra trouver 40 000 euros supplémentaires pour changer l’isolation extérieure inachevée, sans même parler des menuiseries et des combles où s’accumulent les malfaçons. « Elle nous a tous bernés, elle était calée. Elle était géniale », expliquent Dylan Bourreau et Mélissa Lacour en évoquant la principale prévenue.
Les deux complices de la trentenaire, âgés de 38 et 41 ans, nient leurs responsabilités dans « une affaire de sentiments et d’argent », selon les mots du tribunal. Le dernier concubin en date s’est même dit « sous la coupe » de la trentenaire, « sous état d’emprise ».