À Clichy, c’est décidément sur le terrain judiciaire que se joue le troisième tour l’élection municipale. Après celles pour fraudes à la procuration, une nouvelle plainte a été déposée, jeudi, au commissariat de Clichy, suite à la diffusion, sur le réseau social Snapchat, d’une vidéo générée par intelligence artificielle.

Sur cette vidéo, publiée dès le lendemain du second tour mais retirée depuis, apparaît d’abord le maire (DVD) de Clichy, Rémi Muzeau, aux côtés d’Achraf B., l’un de ses soutiens. L’homme n’est pas un inconnu : son nom figure dans le recours déposé par la candidate PS battue, Julie Martinez, concernant la fraude présumée aux procurations.

Sur la vidéo, les mains de Rémi Muzeau et Achraf B. sont posées sur une kippa disposée devant eux. Puis l’image s’anime, les deux hommes s’embrassent à pleine bouche et échangent, dans une étreinte, un interminable baiser. « Il y a même une vidéo où il me fouette » se désole Achraf B., 30 ans, convaincu de payer son engagement, un peu inattendu, en faveur du maire de Clichy. Ou plutôt sa volte-face.

Menaces et rumeurs

Car au départ, Achraf B. ne roulait pas vraiment pour Rémi Muzeau. L’homme - qui au moment de déposer plainte, s’est présenté au commissariat comme « un sympathisant de La France Insoumise » - a d’abord fait campagne pour la candidate LFI, Léa Druet, même s’il ne figurait pas sur sa liste. Une candidate dont il s’est finalement désolidarisé après que cette dernière, entre les deux tours, a décidé de rallier la socialiste Julie Martinez.

« Martinez, c’était juste impossible pour moi de la soutenir » souffle-t-il, justifiant le fait d’avoir ensuite fait campagne pour Rémi Muzeau dans le très populaire quartier des Berges de Seine, traditionnellement acquis à la gauche. Un choix qu’il ne regrette pas, même s’il confesse n’en avoir pas mesuré toutes les conséquences. « Pour moi, c’était comme un jeu, un pari sportif, glisse-t-il admettant au passage se moquer des étiquettes politiques. Le soir du second tour, ça me faisait marrer d’aller me faire prendre en photo avec Rémi Muzeau. En vrai, c’était la première fois que je le rencontrais. »

L’épisode n’est pas anodin. C’est à partir des clichés pris le soir de la victoire au second tour que les vidéos ont été générées par l’IA. Des vidéos agrémentées de menaces, à croire Achraf B., que ces détracteurs accusent d’être impliqué dans l’affaire des fraudes à la procuration.

« Certains me reprochent d’avoir voté à leur place mais c’est juste n’importe quoi, se défend l’intéressé. Ils veulent que je fasse ça comment ? La vérité, c’est que les gens deviennent fous, ils me prêtent bien trop de pouvoir. »

La plainte rejoint l’enquête pour fraudes à la procuration

Aux policiers, l’homme a également expliqué avoir la cible de menaces de séquestration et de tentatives d’extorsion. « Des mecs sont venus essayer de me taper un coup 200 euros, un autre 300 euros, nous confirme-t-il. Dans le quartier, la rumeur courait que j’avais pris 20 000 euros en cash. »

Selon sa version, Achraf B. aurait alors supprimé son compte Snapchat et serait parti « se vider la tête » dans le sud de la France après avoir frôlé « le burn-out ». C’est en rentrant de cette mise au vert qu’il aurait décidé de déposer plainte. Celle-ci rejoint le service départemental de police judiciaire, déjà chargé de l’enquête sur les éventuelles fraudes à la procuration.