Bifaces du paléolithique de Picardie, lingots de l’âge de bronze basques… Les biens culturels s’accumulent dans les bureaux des douanes françaises. En 2025, la police des marchandises a intercepté 25 070 articles acquis illicitement, soit une hausse record de 13 % par rapport à l’année précédente.
Une évolution observée à la direction régionale des douanes de Bayonne. Éric Courrégelongue, chef de la cellule de renseignement et de pilotage des contrôles estime que ses équipes « assistent depuis deux ans à une augmentation des saisies » et traitent désormais « une jolie affaire par an ». La dernière en date : 402 objets archéologiques dont des épées protohistoriques et une boucle de ceinture de l’époque mérovingienne, confisqués en décembre 2025 chez un particulier de Bayonne.
« Un engagement croissant des douanes ‘’
Face à cette hausse des constatations, une question s’impose : le pillage est-il en pleine explosion ? Ou assiste-t-on à une hausse des saisies ? « Ce n’est pas tant les pilleurs qui sont plus nombreux mais plutôt qu’il y a un engagement croissant des douanes » nuance la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) des Hauts-de-France. Une intensification des opérations qui fonctionne grâce à une mobilisation sans faille des agents sur les principales interfaces d’écoulement des pilleurs : les brocantes, le fret postal et les plateformes de revente en ligne.
À Amiens, le centre de tri postal est un lieu de surveillance privilégié. « En 2025, on a détecté dans un colis, une grenade de 1916. L’objet a été saisi, expertisé, puis transmis à l’Historial de Péronne » retrace Anne Ladure-Roussel cheffe du pôle action économique à la direction régionale des douanes au sein de la ville préfecture.
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Synergie entre les services
Qu’il s’agisse d’un signalement d’une direction régionale des affaires culturelles (DRAC) transmis au tribunal judiciaire, ou d’un douanier qui tique sur un colis postal, la chaîne de saisie s’enclenche instantanément. « Des relations se sont tissées entre les différents partenaires notamment avec la DRAC » explique Éric Courrègelongue. « Ici en Picardie, on interagit de manière très fluide avec le service régional d’archéologie d’Amiens » confirme Anne Ladure-Roussel.
Une fois le butin intercepté par les agents, les biens archéologiques sont confisqués puis remis à des experts de la DRAC pour leur conservation et leur valorisation auprès du grand public en collaboration avec les musées. Une coordination entre la DRAC, la douane et la justice qui transforme des amateurs de détecteurs de métaux en prévenus devant les tribunaux.
Indiana Jones des temps modernes
L’intensification des opérations révèle aussi la diversité des biens culturels soustraits et la multiplicité des profils des pilleurs. À Bayonne, l’individu se rêvait en « Indiana Jones » des temps modernes déterrant de la monnaie et des artefacts archéologiques au mépris de la science et de l’histoire. « Ces gens-là abîment les lieux. Ils détruisent la chronologie des objets et rendent le site inexploitable pour les chercheurs » déplore Éric Courrégelongue.
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De fastes collections
À Saint-Quentin (Aisne), c’est un retraité passionné d’archéologie et de détection d’objets enfouis qui a été confondu en décembre 2025. Chez lui, dans son véhicule et son box, les autorités découvrent un « petit trésor » de 280 objets. Parmi les pièces les plus remarquables figurent une hache polie en silex du Néolithique ainsi que 111 monnaies gallo-romaines et 26 pièces Napoléon III.