Il régnera un certain malaise samedi quand Donald Trump prendra place pour la première fois à la table d’honneur du dîner des correspondants à la Maison Blanche. Le milliardaire, contrairement à tous ses prédécesseurs depuis les années 1920, a toujours boudé la soirée en tant que président. « La presse a été extraordinairement méchante avec moi », a-t-il écrit sur son réseau Truth Social pour justifier ce boycott.

Contrairement à la tradition, aucun humoriste ne viendra bousculer le président américain cette année. L’association des correspondants à la Maison Blanche (WHCA), organisatrice de ce grand raout politico-médiatique, a décidé d’inviter non pas un humoriste, comme c’est l’usage, mais un magicien mentaliste, Oz Pearlman.

Une façon d’éviter de bousculer le président ? Ces derniers mois, la Maison Blanche, mais aussi le Pentagone, ont restreint voire supprimé l’accès de médias historiques, au profit de commentateurs acquis à la cause MAGA.

Un discours « très divertissant » attendu

L’invitation adressée au milliardaire, qui a traité les journalistes d’« ennemis du peuple », agite donc les rédactions de Washington, où circule une lettre ouverte signée par des centaines de journalistes et plusieurs associations. Elle appelle les membres de la WHCA, qui a jusqu’ici évité la confrontation ouverte avec Donald Trump, à « s’exprimer avec force, face à l’homme qui essaie de saper la longue tradition d’une presse indépendante ».

Depuis son retour au pouvoir, le président américain attaque sans relâche la presse, verbalement et devant les tribunaux, tandis que l’emprise de ses alliés sur le paysage médiatique s’étend, comme le rachat de Warner Bros Discovery (WBD) par son concurrent Paramount Skydance, contrôlé par des proches de Donald Trump, les Ellison. Cette famille est aussi propriétaire de la chaîne CBS, qui a invité à sa table samedi deux des voix les plus radicales de la présidence Trump, le chef du Pentagone Pete Hegseth et le conseiller Stephen Miller, selon des informations de presse.

Sa porte-parole Karoline Leavitt a promis un discours « très divertissant » du républicain de 79 ans pendant ce dîner en robe longue et smoking.

Un dîner « particulièrement embarrassant »

Ce dîner, auquel assistent des centaines de journalistes et dirigeants de presse avec leurs invités du monde politique et économique, a lieu chaque année fin avril. Il lève des fonds pour des bourses et des prix. Ce « bal des premiers de la classe », ainsi qu’il est surnommé, est présenté par ses défenseurs comme une célébration de la liberté de la presse. Mais cette soirée, précédée et suivie de mondanités dans toute la ville, a aussi été critiquée comme révélatrice d’une culture de l’entre-soi et de la connivence.

Le dîner des correspondants « a toujours été gênant », mais cette année, il est « particulièrement embarrassant », commente le magazine The Atlantic. Le New York Times a décidé il y a plusieurs années de couvrir l’événement sans y participer.

VidéoDonald Trump de nouveau filmé en train de fermer les yeux à la Maison Blanche

Lors des précédentes éditions, le président américain écoutait poliment le discours caustique d’un humoriste. Il prononçait lui-même une allocution truffée de blagues et teintée d’auto-dérision. Donald Trump, qui humilie volontiers ses adversaires mais ne supporte pas d’être tourné en ridicule, avait été la cible des piques de Barack Obama en 2011, alors qu’il assistait au dîner comme invité.