En 2023, lors de l'expédition Seascape Alaska 5 de l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique, des scientifiques avaient découvert un orbe doré fixé à un affleurement rocheux à près de trois kilomètres de profondeur. Après plus de deux ans de recherches, ils ont résolu son mystère.

Œuf géant, éponge morte, reste d'organisme inconnu, voire coquille abandonnée par une créature qui s'en serait échappée? Le mystère de l'"orbe doré", enfin résolu. Cela faisait deux ans et demi qu'un objet non identifié avait été collecté par des scientifiques au fond du golfe d'Alaska.

Découvert à 3.250 mètres de profondeur en 2023, la sphère dorée, fixée à un substrat rocheux, avait été collectée par les scientifiques pour être analysée. Les résultats ont été révélés ce mercredi 22 avril, par l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (NOAA). L'objet est le vestige de cellules mortes d’une anémone géante des profondeurs: "Relicanthus daphneae".

En 2023, lors d'une expédition menée par le véhicule sous-marin télécommandé Deep Discoverer, lancé depuis l'Okeanos Explorer, le bâteau de la NOAA, s'est retrouvé "nez-à-nez" avec un mystérieux objet doré. Les scientifiques sont perplexes face à ce monticule percé d'un trou et fixé à un rocher à un peu plus de 3 kilomètres de profondeur. S'agissait-il d'une capsule d'œuf? D'une éponge morte? Quelque chose y avait-il pénétré… ou en était-il sorti?

En général, lorsque des scientifiques découvrent des organismes qu'ils ne reconnaissent pas immédiatement, ces mystères sont rapidement résolus grâce aux échanges et à la mise en commun des connaissances avec le reste de la communauté scientifique. Mais cette fois-ci, l'objet reste longtemps non identifié.

"Ce cas s'est révélé particulier"

En mer, l'équipe décide de prélever cet objet. Avec un échantillonneur à succion, l'orbe est arraché à son rocher et envoyé au Musée national d'histoire naturelle de la Smithsonian Institution afin d'être examiné.

"Nous travaillons sur des centaines d'échantillons différents et je pensais que nos procédures habituelles permettraient d'élucider le mystère", explique Allen Collins, docteur en zoologie et directeur du Laboratoire national de systématique de la NOAA Fisheries, situé au sein du Musée national d'histoire naturelle de la Smithsonian Institution. Pourtant, il aura fallu plusieurs années pour comprendre.

"Ce cas s'est révélé particulier", poursuit le spécialiste. "Il a nécessité l'intervention de plusieurs personnes aux compétences pointues. Il s'agissait d'une énigme complexe qui a exigé des connaissances en morphologie, en génétique, en biologie des grands fonds marins et en bioinformatique."

Les scientifiques de la NOAA Fisheries et du Musée national d'histoire naturelle de la Smithsonian Institution ont utilisé une approche taxonomique intégrative, combinant l'étude de sa structure physique et l'analyse génétique, pour identifier l'objet.

Concrètement, un premier examen a révélé que l'objet ne présentait pas l'anatomie animale typique, mais qu'il s'agissait d'un matériau fibreux à surface stratifiée, riche en cnidocyte - des cellules urticantes -, suggérant qu'il s'agissait d'un cnidaire - les coraux ou les anémones. Les analyses ont permis de mettre en évidence qu'un spécimen présentant des cnidocystes similaires avait été découvert en 2021 lors d'une expédition à bord du navire de recherche Falkor de l'Institut océanographique Schmidt.

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Puis, un séquençage ADN approfondi a confirmé la présence d'ADN animal et a révélé une quantité importante de matériel génétique provenant de l'anémone géante des grands fonds. Et surtout, la quasi-identité génétique des deux spécimens avec un génome de référence connu de "Relicanthus daphneae".

Le vestige d’une anémone des profondeurs

Mystère résolu: l'"orbe doré" n’est ni un œuf, ni une éponge, ni un vestige d’extraterrestre, mais le vestige d’une anémone des profondeurs, ou un proche parent.

Si cette découverte confirme l’identité de ce spécimen jusque-là inconnu, les abysses océaniques recèlent encore bien des secrets. "Lors de l’exploration des grands fonds marins, nous découvrons très souvent des mystères fascinants, comme celui de l'"orbe doré", abonde le capitaine William Mowitt, directeur par intérim de l’exploration océanique de la NOAA.

"Nous poursuivons nos explorations" pour "percer les secrets des profondeurs et mieux comprendre comment l’océan et ses ressources peuvent stimuler la croissance économique, renforcer notre sécurité nationale et préserver notre planète", conclut le scientifique William Mowitt. Plus encore, les découvertes faites lors de ces expéditions peuvent déboucher sur des avancées en matière de médecine, d'énergie ou en biotechnologie.

Le 30 avril prochain, le biologiste Allen Collins animera un webinaire consacré aux découvertes des expéditions Seascape Alaska, dont l'histoire de cette fameuse sphère dorée. En mai, de nouvelles plongées depuis l'Okeanos Explorer sont prévues dans les eaux profondes au large d'Hawaï.