Les agriculteurs du Rhône vont-ils réussir à cohabiter avec le loup ? L’animal est de retour dans le département et sa présence suscite une levée de boucliers. Dernier épisode en date, le 15 avril, lorsque les Jeunes Agriculteurs du Rhône sont allés bruyamment manifester sous les fenêtres de la préfecture à Lyon afin de réclamer des solutions d’urgence, affichant des photos de cadavres d’animaux devant l’enceinte du bâtiment.
« En ce moment, il y a des attaques quasiment toutes les nuits », s’inquiète Mylène Daujat, membre des Jeunes Agriculteurs du Rhône et responsable du dossier loup. Des attaques principalement localisées dans le sud du département. Le 5 avril, puis dans la nuit du 21 au 22 avril, le loup a ainsi été vu et filmé du côté de Chasse-sur-Rhône, ville située à une vingtaine de kilomètres de Lyon, à la frontière du Rhône et de l’Isère. Dans la même période, un loup a également été aperçu à Loire-sur-Rhône et Ternay, faisant monter d’un cran le climat de tension. Car ces attaques, que les agriculteurs attribuent à au moins deux voire trois bêtes, mettent en danger l’activité de nombreuses exploitations.
« Le pastoralisme est mis à rude épreuve »
« On est tous inquiets », confie Florent Satre, à la tête d’un troupeau de 120 brebis et 80 chèvres sur la commune des Haies. Il a déjà payé un lourd tribut puisqu’en l’espace de quinze jours, ses animaux ont été victimes de trois attaques mortelles. Dix brebis ont été tuées et son chien grièvement blessé. « On a mis en place des pièges photos. On sait qu’il n’est pas loin. » Florent Satre craint pour l’avenir : « Les jeunes risquent de se décourager. Notre boulot, c’est d’élever des animaux, pas de ramasser des cadavres ! »
Installé depuis 1981 dans ce village situé sur les contreforts du parc du Pilat, ce producteur de Rigotte de Condrieu n’a jamais vu ça. « Le pastoralisme est mis à rude épreuve en ce moment. La cohabitation avec le loup n’est pas impossible mais me paraît compliquée. »
Plus tranchée sur le sujet, Mylène Daujat réclame des tirs de prélèvement. Pour elle, « il n’est pas possible de vivre avec le loup à proximité ». Problème pour les agriculteurs, l’animal - qui n’a pas de prédateur - est classé parmi les espèces protégées et les solutions préconisées dans le cadre du plan Loup mis sur pied par l’État, ne satisfont personne. « Ce qu’on attend de la préfecture du Rhône, c’est qu’elle forme des lieutenants de louveterie et les autorise à faire des tirs de prélèvement », soutient la jeune agricultrice.
Démunis, les éleveurs s’inquiètent de voir des meutes se constituer et se démènent pour améliorer la sécurité de leurs exploitations. Aux Haies, Florent Satre a ainsi renforcé son parc électrifié et acheté deux ânes pour protéger son troupeau, qu’il rentre chaque soir. « Les journées n’en finissent plus », se désespère l’agriculteur.