C’est une matière aussi rare que précieuse. Le morta, le bois fossilisé de chênes enfouis dans la tourbière du marais de Brière, en Loire-Atlantique, depuis des millénaires, est extrait depuis quelques années pour être transformé en manche de couteau ou en bijoux. Une extraction qui a tout d’une chasse au trésor et qui se déroule à la main, après de patients sondages des sols. Les artisans qui le travaillent, sous l’impulsion de Jean-Henri Pagnon, coutelier et pionnier du morta, poussent aujourd’hui pour la mise en place d’une IGP, Indication Géographique Protégée.
« C’est une question de transparence vis-à-vis des consommateurs, pour que le morta, exclusivement issu de nos marais de Brière, ne puisse pas être confondu avec des chênes extraits massivement en Pologne, défend l’artisan. Mais ça nous permettrait aussi de bénéficier d’un cadre pour notre activité. »
Cette activité est aujourd’hui remise en cause par un collectif qui alerte sur « une exploitation commerciale croissante » des chênes fossiles, « une ressource patrimoniale finie, non renouvelable et non évaluée à ce jour ». Dans une lettre ouverte signée notamment par les chasseurs et les pêcheurs de Grande Brière Mottière, ils s’émeuvent d’une « communication intensive autour du morta ».
« La création d’une association d’artisans et la démarche d’Indication Géographique Protégée (IGP) traduisent une volonté claire de développement commercial au détriment de l’intérêt patrimonial, déplore le collectif. Le morta n’est pas une ressource ordinaire. Il constitue un témoin climatique unique à l’échelle européenne, voire mondiale, un patrimoine culturel et archéologique. » Ses membres demandent aujourd’hui un moratoire sur l’extraction du morta en Brière.
« L’extraction du morta a été encadrée il y a près de quatre ans, mais le Parc Naturel Régional de Brière n’est pas en capacité d’interdire cette activité, explique son président, Éric Provost. Le morta ne fait pas l’objet d’un classement au titre du code minier comme le pétrole ou l’or et la Direction régionale des affaires culturelles n’envisage pas d’interdire l’extraction pour un motif archéologique. »
Une convention signée avec 21 communes
La convention signée avec le syndicat qui regroupe les 21 communes bordées parle marais permet l’extraction d’une quarantaine d’arbres par an. « Ce que l’on fait est particulièrement vertueux, on est on ne peut plus respectueux de l’environnement, se défend Jean-Henri Pagnon. On travaille chaque année sur une superficie de 1 ha, sur les 21 000 ha de zones humide. Nous prélevons le morta sur une parcelle identifiée par les services de la biodiversité du parc naturel régional », assure-t-il.