EnquêtePour faire face à la pénurie de volontaires, plus de 27 000 étrangers auraient été recrutés par l’armée russe depuis le début de la guerre en Ukraine. Des réseaux tentaculaires ciblent des hommes jeunes et pauvres, notamment en Afrique et en Asie, qu’ils parviennent à duper en leur promettant fortune et citoyenneté.

La vidéo a choqué l’Egypte. En février 2025, le youtubeur ukrainien Dmytro Karpenko filme Mohammed Al-Senoussi, un homme de 22 ans originaire du gouvernorat de Louxor, capturé alors qu’il combattait au sein des forces russes en Ukraine. Amaigri et le visage pâle, il apparaît à l’écran lorsque le youtubeur appelle sa mère. Par l’intermédiaire d’un traducteur, celle-ci apprend qu’il est en prison et ne rentrera pas de sitôt. Mère et fils se parlent. « Pourquoi as-tu fait cela ? », lui demande-t-elle, sidérée.

Le récit de Mohammed Al-Senoussi fait écho à celui de milliers d’hommes recrutés par la Russie dans les pays du Sud global : ils ont été piégés. Parti à Moscou pour étudier la médecine, le jeune Egyptien affirme y avoir été arrêté pour un supposé trafic de drogue – une accusation dont la police est friande en Russie. Il aurait ensuite subi un chantage devenu récurrent depuis l’invasion de l’Ukraine, en février 2022, période à partir de laquelle Moscou recrute à tour de bras pour garnir le front. Comme d’autres, Russes ou étrangers, il aurait alors été contraint de choisir : purger une peine de prison – sept ans dans son cas – ou partir se battre en échange d’un salaire, d’avantages financiers et de la citoyenneté russe.

C’est ainsi que Mohammed Al-Senoussi s’est retrouvé soldat en Ukraine. Il n’est pas un cas isolé dans son pays : selon un rapport de l’ONG suisse Investigations With Impact (Inpact), publié en février, l’Egypte constitue le principal contingent africain parmi les recrues dont les noms ont pu être vérifiés : 361 hommes, sur un total de 1 417. Les modes d’enrôlement sont divers. Au Caire, à proximité du Centre culturel russe, des publicités d’agence de voyages promettent de faciliter les démarches pour aller étudier en Russie. L’offre est d’autant plus alléchante que les universités égyptiennes sont saturées. D’autres filières reposent sur des offres d’emploi, notamment dans la construction. Les salaires proposés, entre 2 000 et 3 000 dollars mensuels (environ 1 700 à 2 500 euros), sont bien plus élevés que le revenu moyen égyptien, autour de 200 dollars.

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