Dusan Maksimovic, condamné à trente ans de prison, au tribunal de Pristina (Kosovo), le 24 avril 2026. VALDRIN XHEMAJ/REUTERS

Le verdict, très attendu, a aussitôt été salué par des responsables politiques kosovares et dénoncé par Belgrade. Un tribunal du Kosovo a condamné vendredi 24 avril trois Serbes à de lourdes peines de prison, dont deux d’entre eux à la perpétuité, après les avoir reconnus coupables d’avoir participé en 2023 à une tentative de sécession armée menée par un commando paramilitaire dans le nord du pays.

« Ils sont coupables (…). Il a été prouvé qu’ils ont tenté de séparer le nord du Kosovo et de le rattacher à la Serbie », a affirmé Ngadhnjim Arrni, un juge du tribunal de première instance de Pristina, en précisant que le troisième accusé avait été condamné à trente ans de prison, a constaté un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP).

Les trois condamnés faisaient partie d’un commando paramilitaire serbe composé de plusieurs dizaines d’hommes qui avaient d’abord tué un policier kosovar sur une barricade, avant de se retrancher dans le monastère de Banjska (Nord) et d’échanger d’intenses tirs avec des forces spéciales kosovares. Trois membres de ce groupe ont été tués.

La plupart des 45 accusés dans ce dossier sont en fuite, dont le chef présumé du commando, Milan Radoicic. La cour a refusé la demande du parquet de les juger par contumace.

« Cette décision est la preuve que l’attaque contre la police du Kosovo, contre l’ordre constitutionnel et contre la sécurité de notre pays ne restera pas impunie », a écrit sur les réseaux Albulena Haxhiu, présidente par intérim du Kosovo.

Un « plan bien préparé »

Le parquet, qui avait requis la perpétuité pour les trois hommes, les avait accusés d’avoir « préparé et commis des actes terroristes », « agissant selon un plan bien préparé » pour rattacher les communes du Nord, à majorité serbe, à la Serbie, selon l’acte d’accusation.

Le monastère orthodoxe de Banjska, au Kosovo, le 24 avril 2026. VALDRIN XHEMAJ/REUTERS

Des policiers kosovars présentent des armes et du matériel militaire saisis dans le village de Banjska (Kosovo), le 25 septembre 2023. ARMEND NIMANI/AFP

Le Kosovo, dont la majorité de la population est d’origine albanaise, est une ancienne province serbe qui a proclamé en 2008 son indépendance, jamais reconnue par Belgrade.

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Depuis Belgrade, le bureau du gouvernement serbe chargé du Kosovo a d’ailleurs qualifié ce verdict de « draconien », et accusé le tribunal d’avoir agi sous pressions politiques du « régime anti-serbe de Pristina ».

Les trois accusés avaient plaidé non coupable. « Des preuves que les accusés avaient l’intention de commettre les actes qui leur sont reprochés n’existent pas », avait affirmé mercredi un des avocats de la défense, Ljubomir Pantovic, lors de la dernière audience du procès, en rejetant aussi des accusations sur un présumé plan de sécession.

L’attaque de Banjska a eu lieu le 24 septembre 2023. Repoussés par les forces kosovares, la plupart des membres du groupe avaient fui en Serbie.

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« Demander des comptes à la Serbie »

Milan Radoicic avait déclaré peu après depuis Belgrade avoir dirigé l’attaque, affirmant qu’il avait agi seul, sans soutien du gouvernement serbe. La Serbie refuse de l’extrader vers le Kosovo. Cet homme d’affaires et vice-président à l’époque des faits de la Liste serbe, principal parti politique des Serbes de Kosovo, est recherché par la justice kosovare aussi pour des présumés crimes de guerre commis pendant la guerre au Kosovo (1998-1999).

La Liste serbe a dénoncé vendredi un procès « inéquitable » et déclaré qu’il « mettait encore davantage en péril la sécurité et les droits du peuple serbe » au Kosovo.

Pour ministre de l’Intérieur kosovar, Xhelal Svecla, « une chose est claire aujourd’hui : les structures criminelles et paramilitaires dans le nord (du Kosovo) ont été démantelées », a-t-il écrit sur les réseaux. « Il reste désormais à demander des comptes à la Serbie pour son rôle politique, financier et logistique dans cet acte d’agression », a-t-il ajouté.

Après l’attaque de Banjska, le gouvernement du Kosovo avait accéléré un vaste démantèlement des institutions parallèles serbes dans le nord du Kosovo, en fermant les bureaux de poste et les agences bancaires, l’administration fiscale, et en interdisant l’utilisation du dinar serbe, remplacé par l’euro.

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