Le tueur en série Francis Heaulme, lors de son procès au tribunal du Finistère, à Quimper, le 27 janvier 1994. PHILIPPE HUGUEN/AFP

Le parquet du pôle « cold cases » de Nanterre a requis un procès contre Francis Heaulme, tueur en série, pour le meurtre d’un agriculteur, Jean-Joseph Clément, en 1989, à Bédarrides (Vaucluse), devant la cour d’assises des Hauts-de-Seine, a-t-il annoncé, vendredi 24 avril, dans un communiqué.

Surnommé le « routard du crime », Francis Heaulme a déjà été condamné pour 11 homicides, commis entre 1984 et 1992, date depuis laquelle il est incarcéré.

Jean-Joseph Clément avait été retrouvé en août 1989, le crâne fracassé par une pierre. Mis en examen pour son meurtre en 1992, Francis Heaulme avait d’abord bénéficié d’un non-lieu dans cette affaire en 2002.

L’instruction avait été rouverte en juillet 2023, ce qui avait entraîné une nouvelle mise en examen de Francis Heaulme. Le tribunal de Reims s’est ensuite dessaisi, en février 2024, au profit du pôle consacré aux crimes sériels ou non élucidés de Nanterre.

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Réclusion à perpétuité

« C’est une étape importante dans la bagarre que mène Mme Clément pour savoir ce qui est arrivé à son père et faire juger Francis Heaulme », a réagi, auprès de l’Agence France-Presse (AFP), l’avocat de la fille de la victime, Didier Seban, qui espère que le suspect sera « en état d’être jugé ». Début avril 2026, Francis Heaulme avait été hospitalisé à Nancy (Meurthe-et-Moselle), avait annoncé le parquet du pôle « cold cases », sans donner davantage de précisions sur son état de santé.

« On a perdu des années du fait de l’inertie de la justice », « on a mis presque trois ans avant d’obtenir que [le dossier] soit rouvert à Reims », a regretté l’avocat, qui a cependant salué « la détermination des magistrats » du pôle spécialisé dans les cold cases de Nanterre. Contactée par l’AFP, l’avocate de Francis Heaulme, Liliane Glock, n’avait pas immédiatement réagi.

Le tueur en série a notamment été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre à coups de pierre de deux enfants à Montigny-lès-Metz (Moselle) en 1986. Les deux garçons avaient été découverts le crâne fracassé le long d’une voie ferrée.

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D’abord condamné puis innocenté, Patrick Dils a passé à tort quinze ans en prison pour ce crime. Il avait été libéré en 2002, à la faveur de la révision de son procès. La condamnation de Francis Heaulme pour ces meurtres a été confirmée en appel en 2018, puis est devenue définitive en 2020, après le rejet de son pourvoi par la Cour de cassation.

Des impulsions d’une violence extrême

Après avoir grandi en Meurthe-et-Moselle dans un climat de violence familiale, Francis Heaulme entame en 1984, année de la mort de sa mère, une errance qui le mènera à travers 37 départements français. Il se déplace en train ou en auto-stop, trouvant refuge dans des structures comme les communautés Emmaüs. Son mode opératoire est dépourvu de planification.

Il cède à des impulsions d’une violence extrême, une perte de contrôle qu’il décrit lui-même par l’expression « voir rouge ». Ses victimes, souvent croisées par hasard, sont perçues comme vulnérables : femmes seules, retraités ou enfants. Il utilise fréquemment des armes par destination, telles que des pierres ou des tournevis, et s’associe parfois à des complices de rencontre.

Il est actuellement détenu à la maison centrale d’Ensisheim (Haut-Rhin), aux côtés de Dominique Pelicot, Nordahl Lelandais ou Guy Georges, où il purge plusieurs peines de prison, notamment à perpétuité.

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