Des volontaires en service civique, lors du défilé du 14 juillet 2023, à Paris. LUC NOBOUT/IP3 PRESS/MAXPPP

« Assurer le réarmement moral de la nation en faisant des citoyens des acteurs de la cohésion et de la résilience en cas de crise majeure. » Nous sommes en juillet 2022. Le ministère de la défense actualise sa Revue nationale stratégique 2025 : la guerre à grande échelle déclenchée en Ukraine par Vladimir Poutine vient de transformer une possibilité théorique en menace tangible, celle de devoir mobiliser une partie de la jeunesse pour défendre, physiquement, le sol européen.

Trois ans plus tard, le 18 novembre 2025, le général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées, remet crûment la question dans l’actualité : notre pays doit se préparer à « accepter de perdre ses enfants ». Sont-ils prêts et préparés à se mobiliser ? L’opinion y est-elle prête et préparée ?

Cette crise géopolitique majeure vient s’ajouter aux autres crises que la jeunesse doit affronter. Depuis les mobilisations lancées par la militante suédoise Greta Thunberg, les jeunes se sont emparés du combat contre le réchauffement climatique et l’effondrement de la biodiversité mais, las de l’insuffisante réponse des pouvoirs publics, ils réclament ne pas porter seuls le fardeau.

Ils sont également en première ligne dans la lutte contre la désinformation en ligne, quand bien même il apparaît qu’ils sont plutôt moins perméables aux manipulations que leurs aînés. Enfin, comme à l’approche de chaque élection, les municipales ont été l’occasion de s’inquiéter de leur faible appétence pour le vote, et de la nette bascule aux extrêmes du « vote jeune », interrogeant la capacité de l’école à former des citoyens conscients et responsables. Et ce, malgré les plans successifs visant à améliorer leur éducation « morale et civique » – mission que l’enseignement, à des degrés d’intensité variables, est censé remplir sans discontinuer depuis l’avènement de l’école républicaine.

Acquis du service civique

Parmi les dispositifs publics qui confirment leur capacité à affermir le sentiment d’appartenance à la communauté nationale des jeunes, le service civique occupe une place à part. Une étude IFOP parue en 2023 le soulignait : parmi les acquis identifiés, un « intérêt accru pour les questions de société », une « meilleure compréhension de la vie politique et des institutions », une « propension plus marquée à se rendre aux urnes » et un engagement ultérieur, associatif notamment, au-dessus de la moyenne.

Mais l’Agence du service civique (ASC) ne veut pas en rester là, explique sa présidente, Nadia Bellaoui : « Dans un monde en proie aux crises, précise-t-elle, les jeunes qui s’engagent en service civique développent déjà des savoir-faire décisifs : s’organiser, travailler en équipe, gérer ses émotions, prendre soin de publics vulnérables. Ils sont amenés à coopérer avec des autorités publiques et des acteurs de la sécurité civile. Nous voulons aller plus loin : sensibiliser chaque jeune volontaire aux risques et menaces auxquels notre société fait face, pour les préparer à devenir des citoyens capables d’agir en cas de crise majeure. Faire nation aujourd’hui, c’est reconnaître la jeunesse comme une force de solidarité et de résilience. Chaque année, plus d’un jeune sur dix réalise une mission de service civique. Ils s’engagent pour les autres et pour le pays ; ils apprennent chaque jour à agir, à soutenir, à protéger. Demain, nous voulons que chacun d’eux soit prêt à répondre aux défis majeurs, à devenir un acteur lorsque tout vacille. Faire nation, c’est leur faire confiance. »

Comment mieux tirer bénéfice de tels dispositifs ? Comment articuler politiques publiques générales et politiques de la jeunesse ? Quelles pistes suivre pour l’inviter à « faire nation dans un monde en crise » ? Ces questions seront au cœur du grand débat qu’organise Le Monde, en partenariat avec l’ASC, mardi 14 avril, de 18 h 30 à 20 heures, dans son auditorium (67, avenue Pierre Mendès-France, 75013 Paris).

Nous vous proposons d’échanger avec la haute fonctionnaire Muriel Domenach, ambassadrice de France auprès de l’OTAN de 2019 à 2024, aujourd’hui engagée dans l’association Au contact, citoyens, citoyennes, Virginie Sassoon, docteure en sciences de l’information et de la communication et spécialiste de l’éducation aux médias, Benoit Falaize, historien, membre du Centre d’histoire de Sciences Po, Jean Jouzel, paléoclimatologue, auteur dès 1987 de la première étude établissant formellement le lien entre concentration de CO 2 dans l’atmosphère et réchauffement climatique et ancien vice-président du GIEC, et Géraud Létang, historien, enseignant-chercheur à l’Ecole de Guerre. Vous entendrez également les témoignages de trois jeunes ayant effectué des services civiques dans divers secteurs, dont Noémie Furon, en mission à la Ligue de protection des oiseaux (LPO) et maintenant médiatrice en CDI dans la structure et Flavie Couturier, en mission en 2019-2020 à l’hôpital Necker et dont la mission avait été revue lors de la pandémie de Covid-19.

Nadia Bellaoui, président de l’Agence du servicue civique conclura les débats.

Entrée libre sur inscription via ce lien.