Taous Merakchi, à Rennes, en mai 2022. MARC OLLIVIER/« OUEST FRANCE »/MAXPPP

Dans ses ouvrages Monstrueuse (La Ville brûle, 2025) et Vénère (Flammarion, 2022), l’autrice explore la construction de soi face à la violence, familiale ou systémique. Entre un père tyrannique et mythomane, une adolescence marquée par le dégoût de soi et la maladie, Taous Merakchi raconte comment elle a transformé sa rage en moteur de survie, avant d’apprendre, difficilement, la douceur.

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« Je n’ai pu me réfugier que dans le dégoût de mon corps », écrivez-vous, en évoquant la période de votre puberté. Comment en arrive-t-on à un tel rejet de soi ?

On n’en arrive pas là toute seule ! La graine avait été plantée très tôt par mon père, qui me faisait comprendre en permanence qu’il fallait aspirer à « mieux ». Il portait sur les femmes un regard pétri de diktats. Son idéal, c’était la femme grande, élégante, très féminine. C’était un modèle qui ne m’attirait pas, que je ne voulais pas incarner, sans doute par opposition. Je refusais de ressembler à une femme qu’il pourrait trouver séduisante.

Ce terreau familial a ensuite été cimenté par le harcèlement scolaire. Au collège, il régnait une loi de la jungle difficile à déchiffrer. Je suis arrivée, je me suis assise, j’ai reçu une gomme en pleine tête et j’ai immédiatement été identifiée comme la victime désignée. L’un des arguments massues de mes harceleurs était ma supposée laideur. A la puberté, tout pousse dans le désordre, on ressemble à un « Monsieur Patate » avec un nez et des oreilles trop grands. C’est une période de trouble intense.

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