Selon un document de travail, les marges brutes seraient passées de 30 centimes d’euro par litre en moyenne en début d’année à plus de 50 centimes pour le gazole dans certaines stations-service, et à 40 centimes pour l’essence. Bercy affirme ne pas savoir d’où sort ce rapport.
Les distributeurs profitent-ils du conflit au Moyen-Orient pour gonfler leurs marges sur les carburants ? Alors que, ces derniers jours, plusieurs ministres ont affirmé qu’il n’en était rien, le ministre du Commerce et des PME Serge Papin assurant par exemple jeudi sur BFMTV qu’ils jouaient «le jeu», un document de travail du gouvernement a fuité vendredi soir, semblant dépeindre une toute autre réalité. Selon ce document révélé par nos confrères de Franceinfo, les marges de certains distributeurs ont en effet augmenté depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, qui a fait flamber les cours du pétrole, et in fine les prix à la pompe.
Ces marges brutes seraient passées de 30 centimes d’euro par litre en moyenne en début d’année à 39, 43, voire jusqu’à plus de 50 centimes pour le gazole dans certaines stations-service, et à près de 40 centimes pour l’essence. Franceinfo précise que, parmi ces distributeurs, on retrouve notamment TotalEnergies, Eni, Esso, Avia, Carrefour Market, Carrefour Contact ou encore Intermarché. Contacté par Le Figaro, Bercy affirme ne pas savoir d’où sort ce document révélé par Franceinfo, démentant la véracité des chiffres mentionnés. Le ministère de l’Économie assure travailler sur des modèles de contrôle des marges des distributeurs.
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Un travail «complexe» et toujours en cours, explique une source, car il n’y a pas un modèle mais plusieurs, qui dépendent des enseignes, des moments où elles remplissent leurs cuves de carburants ou encore de là où elles s’approvisionnent. Et le gouvernement de répéter que, s’il y a pu y avoir des marges un peu trop importantes au début du conflit au Moyen-Orient, la situation est aujourd’hui revenue sous contrôle. «On continue de faire des points réguliers avec les distributeurs, on affine la compréhension de leurs marges et on les conduit à les maintenir à leur niveau d’avant-crise», explique une source à Bercy.
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Lecornu «agacé» par la posture des distributeurs
Interpellé sur le réseau social X par un internaute au sujet des chiffres relayés par Franceinfo, le patron de Coopérative U Dominique Schelcher a tenu à mettre à nouveau les choses au point. «Le rapport parle uniquement de marges brutes servant à couvrir tous les frais, dont les frais de transport qui ont augmenté. Il ne parle en aucun cas de marges nettes qui chez nous sont inchangées, bien au contraire», a-t-il précisé. La semaine dernière, sur BFMTV, le dirigeant avait déjà affirmé que les carburants étaient «une activité où l’on ne gagne rien» . «Nos marges ne dépassent pas un, deux ou trois centimes le litre», avait-il souligné.
Le géant pétrolier TotalEnergies a également réagi à la révélation de ce document de travail du gouvernement, rappelant qu’il était «le seul acteur à avoir mis en place un plafond sur les prix de ses carburants et ce dès le début de la crise au Moyen-Orient». «Ce n’est pas la marge de raffinage en France qui permet le plafonnement des prix mais bien la bonne santé globale de notre compagnie, liée au prix élevé du pétrole actuel, qui bénéficie à l’ensemble des Français», ajoute l’entreprise tricolore.
La fuite de ce document est tombée moins de 48 heures après des déclarations de Sébastien Lecornu se disant «un tout petit peu agacé» par la posture des distributeurs. Le premier ministre a regretté qu’après l’annonce d’un projet de décret gouvernemental visant à plafonner leurs marges, ils aient refusé d’évoquer le sujet et aient préféré déplacer le débat sur les certificats d’économie d’énergie (CEE). «Les CEE n’ont rien à voir avec les marges des distributeurs», a-t-il relevé jeudi lors d’une conférence de presse sur le logement, à Marseille, ajoutant : «Les CEE, c’est très facile de taper dessus parce que personne ne comprend rien exactement à comment ça fonctionne.» «J’ai demandé aux ministres d’objectiver une bonne fois pour toutes ce qui s’était passé sur les marges des distributeurs », a-t-il par ailleurs déclaré.