Marianne Laigneau, présidente du directoire d’Enedis, est l’invitée de l’émission « Esprit d’entreprise », sur Le Figaro TV.

Séparé d’EDF lors de l’ouverture du marché à la concurrence, Enedis (ex-ERDF) est au cœur des défis de l’électrification et de la souveraineté énergétique française. Alors que le gouvernement vient d’annoncer un vaste plan, le gestionnaire d’une partie du réseau public de distribution d’électricité a lancé il y a deux ans un programme massif d’investissement de près de 100 milliards d’euros pour adapter un immense réseau de 1,4 million de kilomètres de lignes, tout en maintenant la fiabilité du service. « 30 % de ce plan est consacré à renforcer la résilience du réseau face au changement climatique, avec des aléas qui doublent tous les ans depuis quelques années », détaille Marianne Laigneau, qui pilote Enedis depuis 2020.

Si cet effort n’est pas indolore pour les Français, avec une facture alourdie de 10 euros tous les ans depuis quatre ans, « l’inaction aurait un coût énorme, souligne-t-elle. C’est aussi pour cela que nous lissons nos investissements dans la durée avec un plan à horizon 2040 ».

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Préférence communautaire

Avec la transition énergétique en cours et les tensions géopolitiques croissantes, l’électricité devient un enjeu de souveraineté stratégique nationale, au même titre que la défense. Pour réduire la dépendance de la filière, Enedis privilégie les fournisseurs français et européens pour ses équipements (câbles, transformateurs, poteaux…). « Si les usines qui fabriquent ces équipements sont en Chine, notre force d’intervention lors des aléas climatiques ou des situations d’urgence sera plus difficile à assurer, prévient-il. L’enjeu, c’est la résilience de cette filière industrielle électrique, et, sur ce sujet, je plaide pour la préférence communautaire. En donnant de la visibilité à nos fournisseurs sur huit ans, nous entretenons aussi le tissu industriel français et européen et nous jouons un rôle dans la résilience du pays, car les réseaux sont une infrastructure essentielle. »

Alors que la France entre dans une « deuxième électrification », nécessaire pour sortir des énergies fossiles, l’enjeu reste d’anticiper et d’accompagner l’électrification des usages. « L’enjeu, c’est d’augmenter la part de l’électricité dans la consommation d’énergie des Français, insiste la dirigeante. Celle-ci doit passer de 27 % aujourd’hui à 50 % en 2050. »

Parmi les gros potentiels d’électrification figurent notamment les transports (voitures, camions, bus…). « Avec 200 000 points de charge , la France est le deuxième pays en termes de taux d’équipement, derrière les Pays-Bas, avec un objectif de 400 000 dans quelques années, explique Marianne Laigneau. Ce qui est important, sur ces sujets de transition énergétique, c’est de ne pas s’épuiser dans des débats très antagonisés entre le nucléaire, les renouvelables… mais bien de voir que nous avons une électricité déjà décarbonée, produite en France, souveraine, compétitive et disponible. Il faut la préserver. »