Les travaux de la commission d’enquête, lancés fin novembre, s’achèvent ce mercredi avec une nouvelle audition de la patronne de France Télévisions Delphine Ernotte. Retour sur les moments chauds les plus marquants de cette séquence parlementaire.
Lancée en novembre dernier, la commission d’enquête parlementaire «sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public» s’achève ce mercredi 8 avril, avec la seconde audition de Delphine Ernotte, la PDG de France Télévisions. Durant plus de quatre mois, 67 auditions ont été réalisées, qui ont vu défiler 234 protagonistes, selon le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons). Elles se sont passées dans un contexte tendu. Nombre d’incidents et de coups d’éclat ont en effet émaillé les travaux de l’instance. Le Figaro revient sur cinq moments chauds parmi les plus marquants de cette intense séquence parlementaire.
Charles Alloncle, rapporteur (UDR) de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, est l’invité en direct de l’émission du Figaro TV, «Points de Vue», ce jeudi 9 avril, à 12h15.
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Xavier Niel règle ses comptes avec Charles Alloncle
Ce fut l’une des auditions les plus tendues. Après avoir fait faux bond à la commission une première fois fin février, le patron de Free Xavier Niel s’est finalement présenté jeudi 2 avril devant les députés, en sa qualité d’actionnaire du groupe Mediawan, accompagné de deux autres actionnaires de la société de production - la première à bénéficier des contrats de production de France Télévisions -, Matthieu Pigasse et Jérôme Nommé. L’audition a viré à la joute verbale entre le milliardaire et le rapporteur de la commission Charles Alloncle. Le fondateur de Free a notamment accusé le député UDR de l’Hérault d’avoir «transformé la commission en cirque».
«Vous avez propagé beaucoup d’approximations, de fake news, de mensonges ici et sur vos réseaux sociaux, sans aucune forme de contradictoire», a attaqué Xavier Niel. Dès son propos liminaire, l’homme d’affaires, agacé d’être coupé par le rapporteur, a dénoncé une «censure», menaçant de quitter la salle. La tension a été palpable jusqu’au bout de l’audition, Xavier Niel étant épaulé dans son offensive contre le rapporteur Charles Alloncle par Matthieu Pigasse.
«Je suis l’ennemi commun type, le bouc émissaire parfait, le paratonnerre idéal», lance Vincent Bolloré
Le 24 mars, le milliardaire Vincent Bolloré était invité à s’exprimer en tant qu’actionnaire de la société de production Banijay, l’un des fournisseurs de programmes de France Télévisions. L’homme d’affaires breton, actionnaire de référence du groupe Canal+, était rodé à ce genre d’exercice, ayant déjà interrogé il y a deux ans dans le cadre de la commission d’enquête consacrée à l’attribution des fréquences de la TNT. «Le service public me va très bien. Le problème, c’est le coût. C’est un problème de gestion, en réalité (...). Le service public ne devrait rien coûter aux Français», a avancé Vincent Bolloré entre deux digressions sur sa foi catholique et sa place dans le débat public français.
Interrogé sur les relations entre le groupe Canal+, notamment la chaîne CNews, et l’audiovisuel public, ainsi que les propos de Delphine Ernotte tenus en septembre dernier affirmant que «la galaxie médiatique de Vincent Bolloré veut la peau de l’audiovisuel public», l’homme d’affaires a contre-attaqué. «Je suis l’ennemi commun type, le bouc émissaire parfait, le paratonnerre idéal (...). Je coche toutes les cases que la caste n’aime pas», a-t-il affirmé.
Nagui et Charles Alloncle s’écharpent
La rémunération de Nagui a souvent été utilisée par Charles Alloncle pour illustrer les épanchements budgétaires de l’audiovisuel public qu’il prétend mettre en lumière. L’animateur star de France Télévisions a finalement été interrogé le 1er avril par la commission d’enquête. Lors de son audition, il a notamment accusé Charles Alloncle de l’avoir «jeté en pâture», ainsi que d’avoir déclenché «des incitations à porter atteinte à (son) intégrité physique, le tout avec de nombreux messages racistes». Et ce, après que le député UDR avait affirmé fin 2025 que Nagui était «la personne, sur les dix dernières années en France, qui s’est le plus enrichie sur l’argent public». Une «posture victimaire que les Français ne supportent plus», a rétorqué le rapporteur ciottiste, qui a également dit être lui aussi victime de «menaces de mort» à cause de la réponse qu’avait publiée Nagui sur les réseaux sociaux.
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Léa Salamé défend son maintien à l’antenne
Le 2 février, la présentatrice du journal de 20h de France 2 Léa Salamé a été confrontée aux questions de Charles Alloncle sur la compatibilité de sa fonction avec sa relation conjugale avec le député européen et candidat putatif à l’élection présidentielle Raphaël Glucksmann. «Avant d’être la femme de quiconque, je suis une journaliste indépendante, honnête et une femme libre», a rétorqué Léa Salamé, avant d’assurer qu’elle «[sortirait] immédiatement de l’antenne» si son mari déclarait sa candidature à la fonction suprême.
«Jamais personne n’a pu entendre que mon compagnon ou quiconque tenait mon stylo», a déclaré celle qui a animé le débat d’entre-deux-tours de la présidentielle 2022 entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Avant d’interroger Charles Alloncle : «pensez-vous vraiment qu’en 2026, une femme pense (...) vote (...) prie comme son mari, qu’une femme fait ce que lui demande de faire son mari ?».
«On va te régler», «Franchement, qu’est-ce que tu fais ?»... Les députés abandonnent le ton protocolaire
Parfois, la tension n’a pas émergé des discussions entre députés et auditionnés, mais des échanges entre les députés eux-mêmes. Le 26 février, Charles Alloncle a accusé l’élu MoDem du Finistère Erwan Balanant de l’avoir menacé en lui lançant «T’inquiète, on va te régler» en quittant la salle. Dans la foulée, le député ciottiste a dénoncé «une menace (...) qui appelle aux sanctions les plus lourdes», tandis que le député centriste du Finistère a affirmé qu’il avait répondu verbalement à un geste de Charles Alloncle, qu’il avait «trouvé obscène et irrespectueux à [son] égard», sans préciser sa nature. Erwan Balanant attend toujours sa sanction.
On n’oubliera pas non plus de mentionner la passe d’armes entre le rapporteur Charles Alloncle et le président de la commission Jérémie Patrier-Leitus (Horizons) le 2 février. Une allusion du député UDR sur des liens supposés entre le député philippiste et la société de production Mediawan avait suscité l’ire de ce dernier, qui en réaction avait interrompu l’audition de quatre anciens ministres de la Culture. «Mais non, Jérémie, franchement, qu’est-ce que tu fais ? J’ai encore plein de questions à poser !», avait protesté Charles Alloncle, les micros encore ouverts, abandonnant le ton protocolaire.