Les étudiants du master « conflictualités et médiation » de l’Université catholique de l’Ouest écoutent le témoignage de Danuté, 95 ans, à Kuliai (Lituanie), le 11 mars 2026. ÉTUDIANTS DE L’UNIVERSITÉ CATHOLIQUE DE L’OUEST
Tassés dans le salon décoré des souvenirs d’une vie, ils écoutent, carnets de notes sur les genoux. Assise sur son canapé à fleurs, Danuté, 95 ans, yeux bleu glacier, fouille dans ses souvenirs. Elle avait 10 ans en juin 1941, lorsque la centaine de juifs vivant à Kuliai, petit village de l’ouest de la Lituanie, ont été tués. Quelques jours plus tôt, l’Allemagne nazie avait envahi le pays. Les habitants juifs de Kuliai ont été regroupés dans un restaurant. Danuté habitait tout près. « C’était un été très chaud. Je suis allée cueillir des pommes dans le champ d’à côté, je voulais les faire passer par la fenêtre à une de mes camarades de classe qui était enfermée, j’avais peur », se souvient-elle.
Peu après, les juifs ont été conduits dans une clairière, à 6 kilomètres de là, d’abord les hommes, puis les femmes et les enfants. « Les deux fois, j’étais sur le bord de la route. J’ai vu passer les colonnes. Les hommes étaient à pied, je crois qu’ils savaient ce qui allait leur arriver. Les femmes ont été emmenées dans des chariots, elles ne parlaient pas, ne pleuraient pas. » La suite, elle la connaît par le récit d’autres habitants. Les juifs de Kuliai ont été massacrés, enterrés dans une fosse commune. Ceux qui les gardaient prisonniers dans le restaurant ? « Des Lituaniens. » Les tueurs ? « Des Lituaniens. »
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