Les parents d’Evaëlle, à l’ouverture du procès contre une enseignante accusée d’avoir « dégradé les conditions de vie » de la collégienne, au tribunal de Pontoise (Val-d’Oise), le 10 mars 2025. GEOFFROY VAN DER HASSELT/AFP
Evaëlle, une collégienne de 11 ans, s’était suicidée en 2019 en raison du harcèlement scolaire qu’elle subissait au collège. Son enseignante a été condamnée, lundi 13 avril, à un an de prison avec sursis par la cour d’appel de Versailles.
La cour a également condamné Mme B. à une interdiction définitive d’enseigner. Après la relaxe en première instance en 2025, les parents d’Evaëlle, en larmes à l’issue du délibéré, ont salué la décision d’appel, qui reconnaît l’existence du harcèlement de leur fille par sa professeure de français en classe de 6e au collège Isabelle-Autissier d’Herblay, dans le Val-d’Oise.
Le procès en appel, en février, a dessiné le portrait contrasté de l’enseignante de 63 ans. Le parquet général a requis dix-huit mois de prison avec sursis contre l’enseignante aujourd’hui retraitée pour le harcèlement moral de la collégienne « tout juste sortie du primaire ».
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« Humiliant, rabaissant et stigmatisant »
« Elle a franchi la ligne rouge, humiliant, rabaissant et stigmatisant, pas tous les élèves mais certains élèves qui sont choisis avec soin », avait déclaré l’avocate générale dans son réquisitoire, estimant que son attitude « intrinsèquement inadaptée » avait contribué à « la dégradation de l’état d’Evaëlle ».
Evaëlle, élève du collège Isabelle-Autissier, s’est pendue dans sa chambre du pavillon familial à Herblay, en juin 2019. L’adolescente, décrite comme « précoce », « atypique » et ayant « du mal à entrer dans le moule », était harcelée régulièrement par des élèves, parfois violents avec elle. Elle faisait face à des tensions avec son enseignante de français.
Pour les parents de l’adolescente, en plus des remarques et des critiques incessantes à l’encontre de leur fille, un épisode a particulièrement bouleversé Evaëlle ; des séances de vie de classe en cours de français pendant lesquelles la professeure avait demandé à tous les élèves de répondre à la question : « Pourquoi Evaëlle se sent-elle harcelée et exclue ? » Face à ses pleurs, l’enseignante s’était énervée et lui avait intimé de répondre aux questions. A ses parents, Evaëlle avait évoqué la « pire journée de [sa] vie ».
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« Elle lui criait souvent dessus »
Au cours de l’enquête, plusieurs camarades avaient évoqué les remontrances systématiques de la professeure à la collégienne. Elle « faisait beaucoup de remarques à Evaëlle, elle lui criait souvent dessus », avait expliqué l’un d’entre eux. « C’était contre Evaëlle tout le temps, je pense qu’elle s’en prend aux faibles », avait mentionné une autre camarade de classe.
L’enseignante a, elle, toujours nié s’en être prise à la jeune élève. Lors de son interrogatoire, Mme B. a maintenu sa version des faits : « Mon intention n’était pas de la mettre en difficulté mais de l’aider, au contraire. »
En avril 2025, la professeure de français avait été relaxée au terme d’un procès éprouvant à Pontoise (Val-d’Oise). Le tribunal avait estimé que les éléments retenus contre l’enseignante étaient jugés « discordants, indirects, peu précis » ou relevant simplement de « comportements appropriés et légitimes pour l’exercice de l’autorité d’un enseignant en classe ».
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