Après l’Eglise, les pensionnats religieux, les assistants familiaux, l’accueil dit « périscolaire » des enfants, après la classe, par des animateurs dans des écoles publiques se trouve confronté au scandale des mauvais traitements et des violences sexuelles. Des centaines de témoignages venus de toute la France sont parvenus au collectif spécialisé dans leur dénonciation après que, au printemps 2025, plusieurs cas ont été rendus publics à Paris.

Les témoignages que vient de publier Le Monde jettent une lumière crue sur les sévices dont auraient été victimes des enfants en maternelle à Paris et font état de dizaines de plaintes déposées pour agression sexuelle, violences et viol. Ils racontent la détresse et l’isolement de parents mal informés par l’administration, confrontés aux lenteurs des enquêtes et livrés à eux-mêmes face à des faits ou à des accusations inimaginables.

Ces dysfonctionnements inacceptables soulèvent de multiples questions majeures, trop rarement abordées dans les débats sur l’éducation : les relations entre le système éducatif et les parents d’élèves, la fonction exacte de l’accueil périscolaire, et la coordination entre les municipalités et l’éducation nationale en la matière.

Le cas de Paris, où les affaires se sont multipliées depuis 2025, apparaît spécifique. Non seulement en raison de la taille de la ville, qui emploie 15 000 animateurs dans le périscolaire, mais parce que le choix, favorable aux apprentissages des enfants, qui y a été fait de la semaine scolaire de quatre jours et demi, exige une large implication de ce secteur. Le retentissement du scandale n’en a été que plus fort, nourrissant le discours des adversaires de la municipalité de gauche, finalement reconduite.

Emmanuel Grégoire, dans son bureau à l’Hôtel de ville de Paris, le 2 avril 2026. KAMIL ZIHNIOGLU POUR « LE MONDE »

Le nouveau maire, Emmanuel Grégoire, semble avoir pris la mesure de l’ampleur du malaise. Il a reçu des parents victimes dès sa prise de fonctions – ce qu’Anne Hidalgo n’avait jamais fait –, admis, dans Le Monde, l’existence possible d’une « omerta systémique » et assuré vouloir garantir une « transparence totale envers les familles », renforcer la formation et les contrôles, et rouvrir le débat sur l’organisation de la semaine scolaire.

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La valeur de ces paroles sera jaugée en fonction de leur degré de concrétisation. Mais si M. Grégoire dit vouloir que les auteurs de violences soient mieux signalés et réprimés, seule une action concertée des maires, de l’éducation nationale et de ses partenaires peut prendre à la racine le mal que constitue l’ensemble des comportements violents envers les enfants.

D’abord, en confiant les élèves à des professionnels de l’enfance pendant toute la durée de leur présence à l’école. Etre titulaire du brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur, le bafa, devrait être une exigence pour tous les intervenants du périscolaire, ce qui est loin d’être le cas. Ensuite, en assurant l’articulation entre les heures de classe et le périscolaire, deux systèmes aux différences incompréhensibles pour les familles, et qu’il reste à unir dans la même exigence de service public.

Développées au fil de l’eau comme des garderies, puis des ateliers destinés à faciliter la vie des parents qui travaillent, non obligatoires, ne relevant pas des enseignants pour des raisons historiques de coût et de statut, les activités dans le périscolaire ont une place, des objectifs et des procédures de recrutement flous. Il est temps de les clarifier, de renforcer leur financement et de placer les enfants au centre de leur fonctionnement et de leurs missions.