Reportage photoLe photojournaliste franco-syrien Abdulmonam Eassa a reçu, jeudi 9 avril, le célèbre prix du World Press Photo dans la catégorie « Stories », pour son reportage « Guerre au Soudan, une nation prise au piège », réalisé en octobre 2024 et décembre 2025 pour « Le Monde ».

Au cours de deux reportages en octobre 2024 et décembre 2025, le photographe Abdulmonam Eassa et le journaliste Eliott Brachet sont partis pour Le Monde sillonner le pays des deux Nils, où sévit l’une des plus graves crises humanitaires contemporaines.

Héritage indirect du soulèvement de 2019, qui a mis fin aux trente ans de dictature brutale d’Omar Al-Bachir, la guerre qui a éclaté en 2023 entre les forces armées soudanaises (FAS) et le groupe paramilitaire des Forces de soutien rapide (FSR) est un théâtre d’atrocités de la part des deux camps : les FSR sont accusées de massacres, de violences ethniques et de pillages systématiques ; les FAS ont bombardé des villes qu’elles prétendent défendre.

Ce qui avait commencé comme un soulèvement populaire pour la démocratie et un pouvoir civil s’est transformé en une guerre entre deux forces militaires, dont aucune ne représente les aspirations du peuple soudanais. Les deux camps ont ciblé des civils et des infrastructures civiles, avec un bilan effroyable. Plus de treize millions de personnes ont été déplacées et au moins 150 000 ont été tuées. L’accès à l’eau, à l’électricité et aux soins médicaux a largement disparu. Huit millions d’enfants sont déscolarisés.

Malak Ahmad, 43 ans, pleure son mari tué par un obus de mortier qui a frappé l’école où sa famille s’était réfugiée, à Omdourman (Soudan), le 26 octobre 2024. ABDULMONAM EASSA POUR « LE MONDE »

Le photographe Abdulmonam Eassa a parcouru ce pays dévasté pour en rendre compte dans le cadre d’un reportage pour Le Monde intitulé « Guerre au Soudan, une nation prise au piège » : les écoles transformées en camp de réfugiés, voire en sites d’inhumation d’urgence, les morts et ceux qui les pleurent, l’université qui peine à poursuivre ses activités, les rues jonchées de gravats. Après Jérôme Sessini en 2012 et Laurent Van der Stockt en 2017, il s’agit du troisième photographe récompensé par le World Press Photo dans le cadre d’un reportage pour Le Monde.

Partout dans le pays, des dizaines de centres de recrutement pour femmes ont été ouverts dans les zones contrôlées par l’armée. Pendant un entraînement au camp de Hay El-Shati, à Omdourman (Soudan), le 28 octobre 2024. ABDULMONAM EASSA POUR « LE MONDE »

Omar, 9 ans, avec un jouet imitant un fusil Kalachnikov, à Omdourman (Soudan), le 30 octobre 2024. ABDULMONAM EASSA POUR « LE MONDE »

A Omdourman (Soudan), après des combats entre les forces armées du Soudan et les Forces de soutien rapide, le 30 octobre 2024. ABDULMONAM EASSA POUR « LE MONDE »

Un soldat soudanais de l’armée régulière, lors des combats entre les forces armées du Soudan et les Forces de soutien rapide, à Omdourman (Soudan), le 1ᵉʳ novembre 2024. ABDULMONAM EASSA POUR « LE MONDE »

Des étudiantes soudanaises passent leurs examens à l’université d’Omdourman (Soudan), le 4 décembre 2025. ABDULMONAM EASSA POUR « LE MONDE »

Haneen, 11 ans, dont les parents ont été tués pendant la guerre, vit au centre social Al-Mahaba, qui abrite plusieurs orphelins, à Omdourman (Soudan), le 6 décembre 2025. ABDULMONAM EASSA POUR « LE MONDE »

Des membres du Croissant-Rouge, lors de l’exhumation et du transfert de corps des sites d’inhumation d’urgence, situés dans des écoles, vers des cimetières publics, à Khartoum, le 8 décembre 2025. ABDULMONAM EASSA POUR « LE MONDE »

Alhaja Abdallah a été brûlée lors de l’incendie de sa tente au camp d’Al-Mohad, à El-Obeid (Soudan), le 10 décembre 2025. ABDULMONAM EASSA POUR « LE MONDE »