Marie-Thérèse Ross-Mahé a été arrêtée par des agents de l’ICE puis détenue pendant 16 jours dans des conditions «insalubres». De retour en France, elle cherche à se faire le porte-voix des autres détenus.

Marie-Thérèse Ross-Mahé, une Française de 85 ans installée en Alabama et sympathisante de Donald Trump, n’aurait jamais cru atterrir dans une prison de l’ICE. Le matin du 1er avril dernier, cette retraitée mariée depuis un an à un Américain (décédé en janvier) a été réveillée en sursaut par des agents de la police de l’immigration américaine. Simplement vêtue de son peignoir, son pyjama et ses pantoufles, elle a été menottée puis conduite dans une cellule.

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«Je ne comprenais pas vraiment ce qui m’arrivait (...) Et c’était très humiliant. Je n’avais même pas eu le temps de me coiffer. Je venais à peine de me lever», a-t-elle raconté dans les colonnes du New York Times ce samedi, quelques jours après sa libération le 16 avril. Pendant seize jours, Marie-Thérèse Ross-Mahé explique avoir vécu un enfer dans le système de détention de migrants des États-Unis.

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Durant son incarcération, elle affirme avoir été enchaînée par les poignets et les chevilles à d’autres détenus et chargée dans des bus et un avion «comme un sac de pommes de terre». D’abord emprisonnée dans une «prison insalubre» en Alabama, où elle résidait, elle a ensuite été transférée dans un centre de traitement de l’ICE en Louisiane. Désormais libre, elle accuse ses deux beaux-fils d’avoir déclenché son incarcération afin de toucher l’héritage de leur père, mari de Marie-Thérèse.

«Ils les traitent comme des chiens»

Après deux semaines de détention, Marie-Thérèse avait perdu tout espoir d’être libérée et ne pensait pas pouvoir survivre encore longtemps, a-t-elle relaté au quotidien américain. «J’attendais de mourir, en réalité», a-t-elle soufflé, persuadée qu’elle ne sortirait jamais de sa cellule. Elle retient tout de même la bienveillance des autres détenues qui l’ont aidée à se rendre aux toilettes et à se doucher.

La veille de Pâques, a-t-elle ajouté, elles ont chanté des hymnes qui l’ont émue aux larmes. «Elles étaient formidables (...) J’ai trouvé Dieu dans cette prison grâce à ces femmes», a-t-elle salué. Si la veuve condamne aujourd’hui les conditions de détention dans les prisons de l’ICE et veut se faire le porte-voix de tous les détenus, elle était autrefois une partisane de la politique de Donald Trump concernant les expulsions des migrants illégaux.

«Je ne pensais pas que de telles choses existaient (...) Je croyais qu’après leur arrestation, on les traiterait correctement. J’ai été profondément choquée», a-t-elle déclaré. Et d’insister : «Ils les traitent comme des chiens, et non de manière humaine.» Contacté par le New York Times, le département de la Sécurité intérieure a assuré que «tous les détenus reçoivent des repas adéquats, de l’eau potable, des couvertures, des soins médicaux et ont la possibilité de communiquer avec leurs familles et leurs avocats».

«Pour moi, j’étais en règle»

L’octogénaire s’était installée aux États-Unis il y a deux ans pour vivre avec son amour de jeunesse Bill Ross. Les deux amoureux s’étaient rencontrés dans les années 1950 alors qu’ils travaillaient tous deux sur une base de l’Otan en périphérie de Nantes, elle comme secrétaire et lui comme soldat. Mais leur histoire n’a été que de courte durée puisque Bill Ross s’est finalement marié avec Michèle Viaud, une amie de Marie-Thérèse, avec qui il a eu deux fils. Marie-Thérèse, elle, s’est mariée avec Bernard Goix, ils ont eu trois enfants.

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Pendant des décennies, Marie-Thérèse et Bill ont gardé contact mais se sont revus uniquement après le décès de leurs époux et épouse respectifs. Et leur amitié s’est rapidement transformée en amour : «Tout est revenu», a retracé Marie-Thérèse au journal. Après deux années passées à faire des allers-retours entre l’Alabama et la France entre 2022 et 2024, la Française a définitivement rejoint Bill afin de l’épouser en avril 2025.

Bill Ross s’est chargé de la demande de résidence permanente aux États-Unis de sa femme qui a reçu une autorisation de travail - une première étape vers l’obtention d’un numéro de sécurité sociale. Elle s’est également vue délivrer une carte d’identité, «lui donnant droit à des réductions dans un supermarché d’une base militaire voisine», ajoute le New York Times. Quelques semaines avant son arrestation, une voisine l’avait accompagnée à un rendez-vous au bureau de l’immigration concernant sa demande. «Pour moi, j’étais en règle», a-t-elle assuré, confiant ne jamais avoir cru être arrêtée par l’ICE un jour.

Bataille pour la succession

La situation semble s’être compliquée à la suite du décès de son mari Bill Ross en janvier dernier. L’ancien militaire n’avait pas rédigé de testament et a laissé derrière lui un pavillon avec piscine d’une valeur d’environ 173.000 dollars, deux véhicules et un compte bancaire crédité d’environ 1500 dollars. Les deux fils de Bill Ross, quinquagénaires, ont pris en main l’héritage, sans se préoccuper de Marie-Thérèse. «D’après les documents judiciaires, ils l’ont forcée à leur donner le téléphone portable de son mari. Elle ne pouvait donc plus passer d’appels locaux car elle ne possédait que son téléphone français», détaille le quotidien.

Les deux fils lui auraient également coupé le câble et Internet, pris les cartes de crédit de leur père et refusé d’aider leur belle-mère à obtenir son ordonnance pour ses médicaments contre l’hypertension. Marie-Thérèse a été contrainte de demander de l’aider à ses voisins puis elle est parvenue à faire changer les serrures de sa maison.

Dénoncée par ses beaux-fils ?

L’octogénaire fait un lien entre les actions de ses beaux-fils et son arrestation survenue huit jours avant que le tribunal statut sur la succession de Bill Ross. Marie-Thérèse affirme qu’un agent de l’ICE lui a indiqué qu’elle avait séjourné illégalement aux États-Unis entre septembre (date d’expiration de son visa de 90 jours) et début décembre (date du dépôt de sa demande de carte verte). Dans sa décision du 10 avril, la juge des successions - une républicaine élue en 2024, précise le New York Times -, a accusé le plus jeune fils de Bill Ross, un agent de sécurité au palais de justice et ancien policier d’État, d’avoir déclenché l’arrestation de sa belle-mère.

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La magistrate a affirmé que les US Marshals avaient informé Tony la veille de l’arrestation que sa belle-mère serait interpellée sous peu. Une heure après son interpellation, il a reçu un SMS confirmant son arrestation, a précisé la juge. Marie-Thérèse a été libérée grâce au consul général de France à La Nouvelle-Orléans, Rodolphe Sambou, qui «a fait pression». Le gouvernement américain a affirmé avoir «décidé de la libérer, compte tenu de son âge et de son état de santé».

Son séjour carcéral a aggravé ses douleurs dorsales et sa sciatique, rendant la marche difficile, a-t-elle expliqué. Elle est aujourd’hui installée chez ses fils en France mais a dû laisser derrière elle sa maison, tous ses effets personnels et ses amis. «Elle porte des vêtements achetés au centre commercial sur le chemin du retour de l’aéroport», décrit le journal qui précise qu’un médecin «lui a diagnostiqué un syndrome de stress post-traumatique». «Je ne pensais pas qu’ils étaient capables de faire une chose pareille (...) Cela m’a brisée», conclut-elle.